Déc 212012
 

Quel récit merveilleux que cette naissance d’un Enfant – Dieu il y quelques 2000 ans à Bethléem de Judée ! Elle apparaît à peine comme un fait divers, justifiant cette pensée de Pascal : « Jésus-Christ est né dans une obscurité telle, que les historiens, rapportant les importantes choses des empires, l’ont à peine aperçu ».

Il n’est cependant pas d’événement qui ait tant marqué l’histoire des hommes : chaque année, la fête de Noël et sa crèche deviennent comme un sourire adressé par le ciel aux hommes accablés par les contraintes de l’existence. A travers les siècles chrétiens, chaque génération a voulu actualiser cet événement sentent obscurément qu’il pouvait constituer comme une réponse à ses interrogations.

En fait, la naissance du Christ en ce monde se produit au milieu d’évènements qui lui sont totalement étrangers : l’empereur Auguste veut dénombrer les sujets de son vaste empire, en raison de cet édit, deux obscurs galiléens, Joseph et Marie sont entrainés de Nazareth vers Bethléem de Judée parce qu’ils sont descendants de David et que chacun doit se faire recenser dans la ville de son ancêtre…

Il fallait que le Christ naquît à Bethléem, mais pour cela Dieu n’a pas eu besoin d’envoyer à nouveau un ange à la Vierge comme pour l’annonciation. La Vierge se soumet à l’ordre de ce roi païen : elle obéit simplement à Dieu qui lui commande par la voix d’un homme…

Plus que tout autre, notre monde semble engendrer insatisfaction, incertitude, angoisse, violence et égoïsme ! C’est alors que le mystère de Noël, bien au delà de sa poésie et de ses aspects touchants, vient projeter une singulière lumière sur les ténèbres dans lesquelles nous nous débattons. C’est au cœur de la nuit que naît l’enfant Jésus et il ne faut pas minimiser ce détail. Dans la Bible, Dieu aime à accomplir ses actions les plus éclatantes en ce temps de silence et d’inactivité humaine comme pour les envelopper de mystère, pour en souligner la gratuité et rappeler à l’homme qu’il ne peut qu’accepter son salut. C’est de nuit que s’effectua l’Exode, c’est de nuit que s’effectuera la Rédemption du monde, c’est de nuit que le Christ surgit, victorieux du tombeau.

Ce que nous dit cet événement, c’est que, désormais, Dieu dans le Christ est là dans la grisaille de notre vie quotidienne, dans les tristesses, nos déroutes et même nos chutes. La lumière du Christ ne dissipe pas les ténèbres, elle permet seulement de s’y mouvoir et de s’y diriger vers l’aurore du Salut. C’est au cœur de l’obscurité que la lumière enveloppa brusquement les bergers. Après leur visite à la crèche, ils demeurent ce qu’ils étaient : pauvres, simples, quelques peu méprisés par les savants et les sages ! Le « signe » dans la Bible est plus ou moins situé dans l’ordre du merveilleux. Mais ici le « signe » se situe dans le banal et le misérable. La joie des bergers n’a pas modifié leur vie pour autant, ni transformer leur siècle.

En dépit de ce que peut avoir d’affligeant celui que nous vivons et de l’apparent silence de Dieu, que la certitude de foi puisée au seuil de la crèche fasse monter en nos cœurs, l’hymne des anges : « Gloire à Dieu… »

Père Denis Thouard

 Lectures dominicales du 23 décembre