Nov 092013
 

La résurrection n’est pas le moindre des dogmes et saint Paul nous le rappelle d’ailleurs si besoin était : « si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi ». Pour autant il ne faut pas nous représenter la vie éternelle comme étant simplement le prolongement de cette vie présente. Si les prophètes de l’Ancien Testament nous la décrivent sous la forme d’un banquet, c’est surtout pour insister sur le fait que l’on sera comblé en toutes choses par Dieu et que rien ne nous fera plus jamais défaut. Celui qui voudrait ainsi nous présenter le ciel comme une Terre améliorée en viendra bientôt à ne plus vouloir du ciel et à se contenter uniquement de la terre. C’est là que la comparaison doit alors cesser. Notre corps actuel est proportionné aux conditions de cette vie. Et les institutions humaines de l’Eglise n’échappent pas à cette logique ; de même d’ailleurs que les sacrements. Ils sont les moyens que Dieu a voulu employer afin de donner humainement sa grâce ; ils appartiennent donc à ce que nous appelons l’économie de cette terre, de ce temps qui se situe dans le temps de la fin et qui nous achemine vers la fin. Les sacrements de l’eucharistie, des malades, du mariage et de la confession sont des sacrements que nous recevons pour cette vie seulement. Ils nous aident à nous configurer davantage au Christ. Ceux du baptême, de la confirmation et de l’ordre imprimant un caractère indélébile dans l’âme ne se réitèreront jamais et nous resterons baptisés confirmés et prêtres le cas échéant pour l’éternité.

Mais le mariage possède une réalité humaine qui n’aura plus lieu d’être dans l’éternité. C’est d’ailleurs si vrai que celui-ci n’existe plus dès lors que l’un des époux meurt. Pour autant, nous savons que les liens que nous formons avec ceux qui nous sont chers ne vont pas disparaître, pas plus notre être se dissoudre dans un vaste tout impersonnel. Le mariage ayant pour but d’engendrer des enfants et de se sanctifier mutuellement dans l’apprentissage de l’amour de charité à travers un amour particulier, dès lors que cela est acquis, et que l’on a rejoint la vie bienheureuse, tout en gardant son amour de charité à l’égard de son ancien conjoint, on parviendra à étendre cet amour à l’ensemble de nos frères et sœurs ; l’aspect purement naturel de cet amour n’ayant plus lieu d’être. Mais, rabaisser la vie humaine à n’être que terrestre, ainsi que le proposent de manière implicite les sadducéens qui ne croient pas à la vie éternelle, à travers le sophisme de la loi du lévirat, c’est oublier que l’homme est fait pour plus que ce qui est simplement terrestre et humain, il est fait pour Dieu et la vie éternelle. Et dans cette hypothèse, comme dans toutes les vocations chrétiennes qui sont une seule et unique vocation à la sainteté vécues différemment, l’enjeu est de se défaire de tout ce qui en nous est mort et péché pour se tourner vers la vie divine et la grâce. C’est ainsi que le mariage prépare, tout comme la vie monastique, à cette vie éternelle. Le mariage aussi par le truchement des conseils évangéliques prend le contrepied de la loi de mort qui agit en nous pour nous permettre d’accéder dès maintenant à la béatitude. Dans la perspective de vocation à la sainteté du mariage, la Résurrection ne signifie donc pas pour les mariés l’abolition de ce sacrement, mais son accomplissement dans les noces de l’Agneau dont ils étaient l’image terrestre.

Le « grand mystère » du mariage nous prépare à vivre le « grand mystère » de l’union éternelle avec le Christ. C’est ainsi que Jean-Paul II qualifie le mariage de sacrement primordial. Mais précisément en tant que sacrement – un signe terrestre d’une réalité céleste – le mariage n’est pas l’appel définitif de l’homme : « Nul n’a besoin d’un signe qui montre le ciel lorsqu’il est au ciel. Le ciel ne sera pas tant la fin du mariage que l’accomplissement de sa finalité. »

Abbé Alexis de Monts

Lectures dominicales du 10 novembre