Jan 162015
 

L’évangile de ce dimanche est aussi une épiphanie, ou manifestation. Jean indique Jésus comme l’Agneau de Dieu et aussitôt, André et un autre, intentionnellement anonyme, sans doute Jean lui-même, le suivent. C’est la toute première fois que deux disciples découvrent le mystère de Jésus. Saint Jean situe cet événement fondamental et en donne même la date et l’heure exactes. Ces quelques versets, synthétisent les traits caractéristiques du profil du disciple. Le vrai disciple est celui qui accepte le témoignage : il cherche, voit, suit et demeure fidèle en devenant à son tour témoin du Maître. Chercher, rencontrer, témoigner, sont les étapes fondamentales.

« Que cherchez-vous ? » : ce sont les premiers mots de Jésus dans le IVème Évangile. C’est une question que nous devons aussi nous poser pour pouvoir continuer à suivre Jésus. Cependant, tous ne cherchent pas la même chose…Il y a ceux qui recherchent sincèrement et humblement, comme Nicodème ; Il y a aussi la recherche ambigüe des foules qui, surtout après la multiplication des pains, voulaient le faire roi. Pourquoi ? Pour être toujours rassasiés ? Mais de quel pain ? Il y a aussi ceux qui croient suivre le Christ, alors qu’en réalité ils ne suivent qu’eux-mêmes. Voilà pourquoi Jésus demande aux deux premiers disciples: « Que cherchez-vous? »  Et moi, j’ajouterais volontiers cette question : pourquoi ? Jésus avait interrogé les gardes venus l’arrêter en disant : «  Qui cherchez-vous ? » A Marie-Madeleine, le matin de Pâques, Jésus demanda : « Qui cherches-tu ? » Jésus est une personne qu’on peut embrasser, pour lui montrer de l’affection ou même pour le trahir…Mais pour que cette recherche aboutisse, il y a deux conditions indispensables : tout d’abord, ne pas chercher au hasard mais accepter le témoignage de celui qui a déjà trouvé, comme André et Jean qui ont écouté le témoignage du Baptiste et qui à leur tour transmettent leur enthousiasme d’avoir trouvé le Messie et partagent la joie de leur découverte avec d’autres. Ensuite, celui qui cherche ne doit pas craindre d’être bousculé dans ses supposées certitudes et doit sortir, se mettre en chemin, comme l’ont fait les Mages, comme le fera Zachée ou l’aveugle de Jéricho en partant à la rencontre de Jésus. Après le discours du pain de vie, Jésus demande aux disciples s’ils veulent eux aussi s’en aller. Ils répondent : « Où irions-nous, Seigneur ? Toi seul a les paroles de la vie éternelle ! ».

« Venez et voyez ». C’est Jésus qui nous y invite. Oui, voir, ne s’oppose pas à croire. Voir, pour St. Jean, est le verbe de la Foi : c’est connaître Jésus, reconnaître en lui le Messie, la Personne du Verbe de Dieu incarné. Il ne s’agit donc pas d’une connaissance purement intellectuelle, platonicienne, ni celle d’une contemplation gnostique et désincarnée, mais d’une vision historico-théologique : c’est l’aigle qui scrute le soleil sans  en être aveuglé, c’est voir au-delà, faire l’expérience personnelle de la personne de Jésus en découvrant et en reconnaissant son identité profonde : deuxième Personne de la Sainte Trinité, Verbe incarné, à la fois vrai Dieu et vrai homme. En demandant où il habitait, les disciples voulaient savoir ceci : Maître, dis-nous qui tu es vraiment ? Quelle est ta vie, le mystère de ta personne ? Être disciple n’est donc pas suivre une simple liste de préceptes moraux, ni prier d’une manière froide et distante, mais avoir une communauté de vie, une seule destinée, une intime communion avec Jésus. Vu sous cet angle, tout change : notre prière comme notre vie toute entière. Alors seulement, nous pourrons témoigner de ce que nous vivons et de la raison même de notre vie. Après avoir trouvé le Christ, on veut le faire trouver aux autres : c’est la mission du disciple. Jésus lui-même est le témoin fidèle qui nous a fait connaître le Père ! St. Augustin dit que le christianisme ne se réduit pas à croire en quelque chose, mais à croire quelqu’un, ou mieux encore, à croire en quelqu’un, en une Personne : Jésus Christ ! Un disciple ne vit pas pour ou comme le Christ mais avec lui, en lui et par lui. Le Christ est tout pour nous, déclare St. Ambroise. Et Maître Eckhart fait de la surenchère en disant : « si le Christ est tout pour moi, alors lui avec tout le reste ou lui seul sans tout le reste, sont la même chose ». C’est aussi l’expérience du martyre : les martyrs préfèrent se faire couper des membres, plutôt que se couper du Christ. Le Christ est davantage mien que les membres de mon propre corps. Dès lors, je ne m’appartiens plus: non seulement je suis au Christ, mais le Christ et moi ne faisons qu’un : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20). « Maître, où demeures-tu ? Venez et voyez… » Le Christ, Verbe incarné, rejoint avec sa présence tous les lieux et tous les temps. La Sainte Eucharistie, où Jésus demeure, est le prolongement de son Incarnation, l’irradiation de sa Pâque, l’extension dans l’espace et le temps de tous les événements salvifiques, pour qu’ils soient en quelque sorte rendus présents en tout temps et que les disciples puissent être remplis de la plénitude de la grâce.
Nous pouvons faire nôtre cette poignante invocation de St. Anselme : « Je te supplie, Seigneur mon Dieu, apprends à mon cœur où et comment te chercher, où et comment te trouver. Seigneur, si tu n’es pas ici, où irai-je te chercher ? Et, si tu es partout, pourquoi ne te vois-je pas ici présent ? » Seigneur, tu es ma demeure et mon salut !

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 18 Janvier