Juin 202015
 

En cette scène de tempête, l’Evangile de ce dimanche décrit non seulement la situation de l’humanité dans son histoire, mais aussi celle de notre vie : la tempête est inévitable ; tôt ou tard, elle éclate. La croix aussi est inévitable. De même, pour nous tous arrive le soir : la fin du jour et de ses certitudes éphémères, puis la nuit de la peur et du doute. Mais, sommes-nous destinés au naufrage et au désespoir ? Dieu est-il un démiurge froid et indifférent au sort de ses créatures ? Ou bien, n’y a-t-il pas sur le monde un plan divin que le Fils de Dieu a réalisé ? Jésus invite son Église à prendre le large et à passer sur l’autre rive. Il s’agit là d’une invitation à la Pâques, qui est un  passage : pour les Hébreux, passage de la Mer Rouge qui les a délivrés de l’esclavage ; pour le Fils de l’homme, passage de la mort qui l’a conduit à la gloire. L’autre rive est celle de Dieu, que l’on ne voit pas et dont Jésus révèle le chemin (Jn 14,4). La barque qui traverse le lac avec les disciples et Jésus à bord représente l’Église.

Comme l’Arche de Noé, créée pour passer à travers le déluge, l’Église traverse les forces du mal qui se déchaînent contre elle, telle une barque qui, ballottée par les flots, s’emplit d’eau, ici symbole de mort. Jésus, dont la présence est invisible, semble dormir. Cette présence-absence de Jésus, trouble, fait paniquer les disciples qui désespèrent d’arriver sur l’autre rive et regrettent d’être montés à bord. Mais la prière insistante des disciples réveille Jésus. Il est toujours là, comme il l’a promis (Mt 28,20). Jésus sauve ses disciples comme il sauve son Église de toutes les tempêtes qui essaient de la faire sombrer, mais il reproche le manque de Foi ! La crainte de mourir, qui est négative, est remplacée alors par la crainte de Dieu, qui n’est rien d’autre que la confiance et l’obéissance. Telle est notre situation : la faiblesse de notre embarcation, la pauvreté de nos moyens, puisent la force de la présence du Christ qui nous fait arriver au but. Mais, lorsque la tempête fait rage, que ce soit dans l’histoire du monde ou dans notre vie personnelle, il y a la tentation récurrente de se sentir abandonnés par Dieu. Les Apôtres aussi ont douté et crié vers Jésus : « Maître, nous sommes perdus, cela ne te fait rien ? ». C’est le cri de beaucoup qui, face aux épreuves de cette vie, portent les pires accusations contre Dieu et frôlent le blasphème et l’impiété.

Jésus leur répond ainsi : « Comment se fait-il que vous n’ayez pas la foi ? ». Oh, certes, il est plus facile de dire que Dieu ne s’intéresse pas au sort de l’homme, plutôt que de dire que les hommes sont indifférents à Dieu parfois méconnu, renié, très souvent offensé. Dieu devrait-il se réveiller dès que nous l’appelons  pour apaiser la furie des flots et du vent que nous avons nous-mêmes souvent provoquée? Ne devrions-nous pas plutôt réfléchir sur nos absurdes aventures de navigateurs en solitaires sur les mers orageuses de cette vie, sans Dieu à bord : « Je veux vivre ma vie », dit-on souvent ! Si dans notre barque, si dans notre vie, Jésus n’est pas présent, c’est justement parce qu’on veut se passer de lui ; Banni, coupablement tenu éloigné de notre vie, serait-Il juste une sorte de bouée de sauvetage servant à intervenir et à réparer dans l’urgence, justifiant presque nos choix peccamineux et nous sauvant de tout mal in extremis ? Vis-à-vis du Seigneur nous devrions avoir toujours des sentiments d’humilité et de confiance, reconnaître notre dépendance et nos limites, nous convaincre que c’est seulement par la Foi que nous pouvons surmonter toutes nos tempêtes. Mais n’oublions jamais que, même rejeté et offensé, malgré nous, Jésus est toujours là, tout près de nous. Il a tendu une main à Saint Pierre qui, en marchant sur l’eau a commencé à douter, et donc à sombrer dans les flots. Il nous tend toujours la main: « Même quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi » (Ps 23,4).

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 21 Juin