Nov 212015
 
La fête du Christ Roi, pourtant point d’orgue de toute l’année liturgique, résonne cependant douloureusement ce dimanche avec le drame de l’attaque Islamique que nous venons de vivre. C’est pour nous l’occasion de nous recueillir afin de prier pour les âmes de tous ceux qui ont péri ; c’est aussi pour nous la possibilité de prier pour la conversion de ceux qui estiment devoir tuer pour un Dieu qu’ils ne connaissent pas. Car s’ils l’avaient connu, ils auraient su que Dieu n’a pas besoin de gardes qui se battent pour Lui, encore moins de kamikazes qui tuent en son nom. En effet, la Royauté du Christ, ainsi qu’il le déclare lui-même n’est pas de ce monde.

Cela signifie tout d’abord que l’homme en tant que personne n’est pas un sujet dont toute la destinée se trouverait comme absorbée par sa qualité de membre de la société politique. Il possède, en sa qualité de créature faite à l’image et à la ressemblance de Dieu, une vocation transcendante, une vocation d’éternité qu’aucun laïcisme ne saurait éteindre.

Mais cela signifie également que le Royaume de Dieu sera toujours distinct de tous les royaumes de ce monde. Le Christ est venu ainsi mettre à bas la tentation païenne toujours récurrente et toujours bien présente dans l’Islam de la confusion du politique et du religieux. Le philosophe des lumières Jean-Jacques Rousseau, parle ainsi dans le « Contrat social » avec nostalgie de la théocratie païenne. Il reproche au Seigneur d’avoir introduit des divisions intestines et ruineuses pour la paix de l’Etat avec sa volonté d’instaurer le royaume spirituel :

« Ce fut dans ces circonstances que Jésus vint établir sur la terre un royaume Spirituel ; ce qui, séparant le système théologique du système politique, fit que l’Etat cessa d’être un, et causa les divisions intestines qui n’ont jamais cessé d’agiter les peuples chrétiens. A l’inverse, note-t-il, Mahomet eut des vues très saines ».

Et pourtant, le Seigneur ne nous demande pas de nous désintéresser de ce monde. Il nous demande simplement de ne le considérer que comme une fin ultime pour atteindre notre fin dernière. Ainsi que l’auteur antique de la Lettre à Diognète le disait, « les chrétiens tout en se conformant aux usages locaux de cette cité terrestre doivent cependant manifester les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. Ils vivent dans la chair mais ne vivent pas selon la chair ; ils vivent sur la terre, mais sont citoyens du ciel. En un mot, rajoute-t-il, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde ».
Nous pouvons avoir l’impression que ce Royaume de Dieu instauré par le Christ se résume à quelques âmes perdues au milieu d’une marée de rebelles et que la Vérité se trouve étouffée par le mensonge du péché. Mais Claudel le rappelait : « La vérité n’a rien à voir avec le nombre de gens qu’elle persuade ».

La Royauté que le Christ exerce est ainsi, nous l’avons compris, une royauté de service où le Roi se fait serviteur et où la force se fait faiblesse. Les insignes de son Royaume sont désormais les instruments du supplice rédempteur et les fonctions régaliennes de police, justice et de législation sont celles de la charité, de la miséricorde et de la foi. Tel est le royaume que le Christ a inauguré, que l’Eglise annonce et transmet et que l’homme partage, encore de façon pérégrinante mais néanmoins réelle, avec Le Christ, son Frère et son Roi.

Abbé Alexis de MONTS

Lectures dominicales du 21 Novembre