Déc 202013
 

Il convient pour un juif que chaque enfant remonte à un patriarche. Même un fils adopté participe à cette hérédité sacrée. Par Joseph, Jésus va être réellement enraciné dans l’Histoire Sainte. L’ascendance de sa mère n’a aucune importance. L’ange parle à Marie comme si elle n’était pas fiancée. Et Marie ne dit pas « que va dire Joseph mon fiancé ? » ce qui aurait été normal. Aussi elle part en voyage plusieurs mois chez sa cousine comme si Joseph n’existait pas.

Mais Saint Matthieu – avec solennité – nous donne une généalogie détaillée qui doit aboutir à Joseph. 42 personnages historiques pour nous dire que toute l’histoire sainte à partir d’Abraham annonçait la nuit de Noël. Mais c’est une histoire très humaine avec beaucoup de misères, de malheurs et de retours vers Dieu. Aucun de ces patriarches n’est tout à fait recommandable. Jésus ne va pas arriver comme au sommet d’une longue tradition de sainteté. Mais comme la descente de Dieu dans notre pauvre vie. Joseph va être le dernier témoin de cette fidélité de Dieu malgré nos péchés.

Joseph n’est ni un vrai père ni un vrai époux. Mais il ne perd pas la tête, il connaît la loi qui l’oblige à répudier Marie. Il n’en fera rien. En bon menuisier il prend son temps pour ajuster les décisions qu’il va prendre. De longs mois il a gardé le secret. L’ange lui a demandé seulement de « prendre chez lui » Marie son épouse légale. Joseph fait beaucoup plus : « il ne la connut pas » il s’impose ce compromis incompréhensible à cette époque : accepter celle qu’il devrait renvoyer et ne pas consommer l’union.

Pour Joseph Dieu habite son épouse Marie. Sa décision vient de cette conviction inouïe : Dieu est là dans la maternité de sa femme plus encore que sur le Sinaï devant Moïse. Dieu qu’on ne peut approcher qu’en tournant le dos pour ne pas voir sa face terrible et merveilleuse. Pourquoi Dieu a-t-il choisi Joseph ?

La paternité charnelle est peu de chose si elle n’est pas avant tout une responsabilité. L’enfant n’est pas seulement porté dans le ventre de sa mère. Il est porté par l’amour d’un couple. L’éducation est le fait d’un père et d’une mère. Jamais pourtant l’ange ne lui a dit « Prend Marie et son enfant » comme s’il était le tien. L’ange a seulement dit « prend l’Enfant et sa mère ».

Éternellement Joseph sera cet homme à qui il est dit « prend ensemble Jésus et Marie ». Personne ne pourra plus dire « Je prends Jésus et Marie ». C’est nous qui serons pris par Jésus. C’est nous qui devrons implorer la Mère de Jésus. Seul Joseph a pu prendre Jésus dans ses bras. Celui qui va nous sauver, Joseph va le protéger et l’éduquer.

Certes la dignité de la Mère de Dieu est si haute que rien ne peut être imaginé au dessus. Mais il n’est pas douteux que Joseph se soit approché plus que personne de cette dignité de Marie. Le mariage ne suppose-t-il pas une communauté de biens ? En donnant Joseph comme époux à la Vierge Marie, Dieu ne lui a pas donné seulement un compagnon, un témoin, un gardien mais aussi un participant de sa sublime dignité.

Abbé Georges Périé

Lectures dominicales du 22 décembre