Sep 262014
 

Oui ! J’en conviens, le titre est un peu provocateur, mais je ne fais nullement l’apologie du « plus vieux  métier du monde », qui avilit la personne humaine et demeure un péché grave. Bien entendu, avoir ces mœurs n’est pas la condition pour aller au Ciel… Mais si Jésus a dit ces mots si forts, Il voulait sans doute nous faire comprendre quelque chose…

Cette affirmation suit la petite parabole des deux frères à qui leur Père demandait de travailler à sa vigne : le premier dit oui, mais ensuite il n’y alla pas. Le second dit non, mais, pris de remords, il y alla. « Lequel des deux a fait la volonté du Père ? », demande Jésus aux pharisiens, lesquels répondent : « le dernier ! » (Mt 21, 28-31). Bravo, réponse exacte ! Ils sont doués ces pharisiens, tout comme nous d’ailleurs ! Mais pour autant, es-ce bien de dire non à Dieu ?… Ces deux fils pourraient représenter chacun de nous en particulier. Jésus avait horreur de l’hypocrisie, de la respectabilité purement extérieure des pharisiens, des sépulcres blanchis contenant toute sorte de pourriture ; bouffis d’orgueil comme ils étaient, il leur était impossible de se reconnaître pécheurs et demander pardon. Et en effet, ils n’ont pas cru à la « voie de la justice de Jean », alors que les publicains et les prostituées y ont cru ! Pas tous, bien entendu…En écrivant, il m’est venu à l’esprit une scène amusante : j’imagine la tête et les dialogues d’austères « dames patronnesses » attendant à la porte du Paradis, en compagnie de certaines « repenties », et les quiproquos entre elles et St. Pierre. Cela pourrait faire le sujet d’une petite pièce de théâtre. Pardonnez-moi la digression, mais je suis le compatriote de Goldoni, vénitien, auteur de comédies, mort à Paris durant la tourmente révolutionnaire. Que voulez-vous, contrairement aux apparences, je vois toujours non seulement le côté tragique mais aussi le côté comique de la vie. En tout cas, pour les unes et les autres, comme pour nous tous, nous comprendrons tout à la lumière de Dieu, car nous sommes tous des « repentis »…

Il y a quelques jours, une fidèle était perplexe parce que Jésus avait dit à la « pécheresse » de l’Evangile qu’il « lui était beaucoup remis parce que elle avait beaucoup aimé (sous-entendu Dieu). Mais celui à qui on remet moins, aime moins » (Lc 7,47). Mais alors, le péché serait-il la condition de l’amour de Dieu pour nous ? Faut-il vraiment connaître la déchéance ultime pour pouvoir expérimenter le plus grand pardon de Dieu et ainsi l’aimer plus que d’autres ? Bien sûr que non ! Dans ce cas, la Vierge Marie aurait aimé Dieu moins que tous, puisque elle n’a jamais péché. Malgré cela, tout en Marie est miséricorde de Dieu. Mieux vaut ne jamais s’être éloigné de la voie de la justice, plutôt que s’en être écarté et y revenir, tel l’enfant prodigue. Hélas, tous les « fils prodigues » ne reviennent pas ! Nos péchés habituels, nos petites infidélités quotidiennes, suffisent amplement à rendre nécessaire le pardon de Dieu et nous remplir de reconnaissance et d’amour à son égard. Nous ressemblons, pour la plupart, au frère ainé de la parabole, et, comme lui, sommes assez fidèles au poste. Nous disons « oui » à Dieu et nous sommes allés, plus ou moins, à sa vigne. Nous travaillons donc depuis longtemps, et pourtant beaucoup me disent qu’ils ne reçoivent pas le « veau gras » qui leur reviendrait de droit.

Mais, sommes-nous vraiment intéressés pour le Festin ? Ou sommes-nous blasés de tout, même de ce qui est le plus sacré, comme les Hébreux qui, à la longue, étaient dégoûtés de la manne. Nous nous sentons parfois même frustrés, voire jaloux, du fait que quelqu’un venant de très loin nous double, rattrapant vite le temps perdu. Peut-être parce qu’on lui a beaucoup remis ? Il est des chrétiens qui, tout en ne commettant pas de gros péchés, sont dans une espèce de paralysie ou catalepsie spirituelle : plus rien ne les fait bouger, rien ne les émeut, ils savent tout, tout leur est dû. A la base des panneaux en cuivre émaillé du chœur de Ste. Odile, sont représentés les symboles des 7 églises de l’Apocalypse. A celui de Laodicée, Dieu dit : « Je connais tes œuvres, je sais que tu n’es ni froid, ni chaud. Ah ! Plût à Dieu que tu fusses froid ou chaud ! Mais, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni froid ni chaud, je suis près de te vomir de ma bouche. Car tu dis : je suis riche et opulent, et je n’ai besoin de rien ; et tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu. (…) Applique-toi un collyre sur tes yeux, afin que tu voies » (Ap 3, 14-19). Alors, voulons-nous vraiment nous faire devancer par les publicains et les prostituées ?

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 28 septembre