Jan 052019
 

La grande fête de l’Epiphanie que nous célébrons ce dimanche est celle de la manifestation de Dieu dans un enfant et l’invitation à venir nous agenouiller devant Lui en manifestant notre foi en l’Incarnation. Cette fête nous donne ainsi l’occasion de retrouver le sens de l’adoration véritable qui n’est due qu’à Dieu seul et de chérir le premier de tous les commandements « tu n’adoreras que Dieu seul et tu l’aimeras plus que tout ». Elle vient également comme accomplir le deuxième qui ordonne de ne pas se faire d’idoles. Comme rien ne peut rendre compte de Dieu, ni les œuvres de mains humaines, ni les raisonnements philosophiques, mais comme l’homme souffre de ne pouvoir ni voir Dieu, ni le toucher, c’est Dieu qui se fait homme pour que nous puissions le comprendre afin de pouvoir le suivre. Enfin, parce que cet enfant n’est pas un simple être humain mais un enfant en qui réside la plénitude de la divinité, c’est à la prière et à l’adoration qu’il nous faut revenir. Adorer signifie reconnaître notre insignifiance devant notre Créateur. Reconnaître qu’Il est Celui qui est et que nous ne sommes rien en comparaison. C’est alors accompagner notre confession par un geste de notre corps. L’adoration n’est pas une seule vue de l’esprit, elle s’incarne, à l’image de notre Dieu, dans et par le fléchissement de nos genoux qui nous met à notre juste place. Arrêtons-nous peut- être sur deux attitudes d’adoration que nous rapporte la tradition biblique, et qui coïncident admirablement avec l’étymologie du mot « adorer ». Il s’agit d’abord de la prosternation devant la Majesté divine – « adorer » signifie prier en tendant tout son être vers Dieu : ad-orare –, et ensuite le baiser, c’est-à-dire un contact affectueux qui nous unit à Celui que nous adorons – la racine du verbe « adorer » signifie : porter sa bouche vers celui que l’on aime : ad-os.
À travers ces deux gestes, nous touchons les deux modèles d’adoration que nous présente la scène touchante de l’Épiphanie : la prostration des Mages et la tendre adoration de la Vierge Marie. C’est une vérité que nous devons faire nôtre tant il est rare de voir désormais un tel geste dans notre société. Mais c’est devenu également quelque peu rare dans notre église même lorsque l’on s’aperçoit qu’au moment de la consécration, rares sont les fidèles qui usent de leur foi dans la mesure de leur possibilité pour se mettre à genoux. La communion, mes frères, en plus d’être notre nourriture vitale est aussi le lieu de notre adoration : nous y reconnaissons le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs devant qui même ces mages à la foi si exotique se sont prosternés ; nous y voyons également Celui que notre cœur a tant cherché et que nous embrassons en l’accueillant dans notre âme. Cela est sans doute plus explicite lorsque nous venons à l’adoration du saint Sacrement. Mais cela est aussi vrai lors de la messe. La foi en la divinité de Celui que nous célébrons à la messe appelle autant l’humilité de ces mages qui sont venus offrir toutes leurs richesses que l’adorable et affectueuse confiance de la Vierge. Avec ces deux attitudes qui s’appellent mutuellement, nous avons ce que le chrétien doit essayer de vivre. Non pas seulement en esprit, mais dans tout son être, alliant le geste à la parole, ou la parole au geste. Avoir une telle foi nous remplira de tout l’or du monde et de toute la gloire divine. Venir adorer le divin sauveur dans un acte d’amour et d’abandon, nous apprendra comment prier en véritable enfant de Dieu par l’offrande de notre encens. Enfin, nous humilier quelque peu en recevant la myrrhe de ces mages nous apprendra ce que saint Jean Baptiste avait compris dès le sein de sa mère : il faut qu’il croisse et que je diminue. Demandons à la Vierge Marie et aux saints Rois Mages, en ce jour de l’Épiphanie et pour l’année qui vient, la grâce d’un renouveau de notre adoration personnelle et paroissiale. Suivons l’étoile de notre foi qui nous pousse irrésistiblement devant ce mystère de l’infinie Bonté de Dieu reposant dans la crèche, à nous prosterner toute notre vie, à offrir tous nos présents, notre or, notre myrrhe et notre encens, pour adorer et embrasser le Roi du Ciel.

Abbé Alexis de Monts

Lectures dominicales du 6 janvier