Nov 022018
 

Ces temps difficiles pour l’Église sont pour nous l’occasion de réfléchir sur notre Foi et sur notre appartenance à l’Église Catholique. Certains l’ont déjà quittée, et pas seulement à cause des scandales qui la défigurent, car depuis des années, il y en a qui veulent faire rayer leur acte de baptême des registres paroissiaux, comme si on pouvait effacer le caractère baptismal de notre âme par un simple acte administratif. Certains ont été déçus par l’Église, d’autres sont déçus par Dieu, ou « en veulent » à Jésus parce que les choses ne vont pas comme ils auraient voulu. Mais tous ces gens, que cherchaient-ils auparavant ? Tous ceux qui quittent l’Église, quelle Foi avaient-ils ? Foi en l’humanité ? Aux prêtres ? Aux évêques ? Ou même au Pape ? L’objet de notre Foi est Notre Seigneur Jésus Christ, « Tête » de l’Église qui est son « Corps mystique » ; c’est elle qui continue la mission de Jésus de sanctifier les hommes. L’Église appartient au Christ, non au Pape, bien que ce dernier soit le successeur de Pierre et le Vicaire de Jésus Christ. Comment croire en l’Église Sainte, vue la défaillance de certains de ses pasteurs et de beaucoup de ses membres ? Ne sommes-nous pas tous pécheurs ? Certes, les scandales, surtout ceux de ses ministres, défigurent son image, mais néanmoins, selon la belle expression du Pape François : « la sainteté est le plus beau visage de l’Église ». Moïse lui- même s’était posé la question de continuer ou non à guider les Hébreux à la « nuque raide », selon l’expression même de Dieu, face à leur infidélité. Les prêtres aussi pourraient se dire : à quoi bon continuer à proclamer la Parole de Dieu, si on ne voit aucun changement ? Jésus lui- même, parfois, était consterné par ses disciples. Et nous, sommes-nous meilleurs ? « Dieu a choisi ce qu’il y a de faible » (1 Cr 1,27), c’est le mystère de l’Eglise ! Bien entendu, je ne citerai pas le triple reniement de St Pierre, qu’il a regretté amèrement toute sa vie, car il n’avait pas encore reçu l’Esprit Saint, qui l’a confirmé en Grâce. Et comment les premiers chrétiens ont-ils pu supporter d’être massacrés avec toute leur famille sans « en vouloir à Jésus » ? Souvent, nous crions : et Dieu dans tout cela, où est-il ? En réalité, il n’est jamais loin, il est toujours là, à nos côtés ! Certes, il y a eu les lapsi, ceux qui ont sacrifié aux dieux par peur ou par faiblesse. J’aurais voulu nous y voir ; Peut-être, cela pourrait se reproduire un jour, même chez-nous… Lors de l’hérésie arienne qui niait la divinité de Jésus, hérésie majoritaire dans l’empire romain avec le soutien des empereurs, qu’aurions-nous fait ? Et pendant qu’il y avait deux, voire trois Papes au XVe s. ? Et au XVIe s., avec la prétendue Réforme, qui a eu comme prétexte la corruption de Rome et du clergé : fallait-il rejeter l’Église ? Le Concile de Trente s’acheva vingt ans plus tard, avec une véritable réforme. Les temps sont toujours très longs dans l’Église, et pour changer le cœur des hommes, il faut beaucoup de temps, à commencer par le nôtre. Benoît XVI dit que « dans le rêve humain d’un monde sauvé, la sainteté est imaginée comme si on n’était pas touchés par le mal et le péché, comme s’il n’y avait pas de mélange » entre le bon grain de blé et l’ivraie.

Une église de purs est tout simplement une utopie, un leurre, et en tous cas, une réalisation impossible si ce n’est au Ciel, lors de la séparation définitive du bien et du mal. Jésus, n’est-il pas venu pour chercher celui qui était perdu, c’est à dire nous tous ? On parle souvent des « Cathares », mot qui signifie « les purs », sans trop savoir ce qu’ils étaient vraiment : leur doctrine menait à une société cauchemardesque, parce que d’une rigueur intransigeante, qui conduisait aux pires abus. L’adage suivant est toujours d’actualité : « Qui fait l’ange fait la bête». « Et bien, continue Benoît XVI, l’Église n’est-elle pas le prolongement de ce partage de table de Jésus avec les pécheurs, se mêlant (sans en être atteint) à la pauvreté du péché, au point d’être accusé de sombrer en celui-ci. Dans la sainteté de l’Église, pas assez sainte selon les attentes humaines d’une pureté absolue, ne se révèle peut-être pas la vraie sainteté de Dieu qui est amour, mais non pas un amour qui se réfugie derrière un noble détachement d’une pureté inapprochable, mais un amour qui se mélange avec la saleté du monde pour l’en purifier ? ».

Le Christ a voulu cette Église ci (non pas ses péchés, bien entendu) et n’en a pas voulu une autre réservée aux parfaits et composée exclusivement de saints, bien qu’elle soit la « Mère » d’une multitude « de Saints » qu’elle a elle-même engendrée. Cette Église, a-t-elle toujours eu un clergé et des fidèles sans péchés et à la doctrine parfaitement catholique ? Certes, la faute des pasteurs est encore plus grave ! Souvent, ceux qui quittent l’Eglise le font parce qu’ils ne sont plus d’accord avec les positions morales ou doctrinales fondamentales de l’Église. Hélas, une grande partie de catholiques ne semble d’ailleurs pas avoir des pensées très éloignées des fausses opinions publiques sur ces sujets. St Augustin disait : « Si tu crois à ce qui te plaît dans les Évangiles et si tu rejettes ce qui ne te plaît pas, tu ne crois pas à l’Évangile mais à toi même ». Aimez l’Église, elle est notre Mère : en elle se trouve la Grâce qui sanctifie, la plénitude des moyens de salut et c’est par elle que nous sommes sauvés. Elle est sainte par son origine, sainte par ses moyens surnaturels que sont les sacrements, sainte parce qu’elle sanctifie, sainte par ses innombrables saints qui sont des exemples extraordinaires de vertus. Le Christ lui-même « a aimé l’Église, il s’est livré pour elle ; il voulait la rendre sainte en la purifiant par le bain du baptême et la Parole de vie ; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni aucun défaut ; il la voulait sainte et irréprochable ». (Eph. 5,27). Ses supposés péchés ne sont pas les siens, mais les nôtres ! Aimez aussi vos prêtres; ils devraient être l’exemple du troupeau, il est vrai, mais ayez miséricorde envers eux, car ils partagent les mêmes faiblesses que vous. Eux, ils sont là pour nous transmettre le pardon de Dieu. Nous savons tous combien il est difficile de lutter contre ses défauts.

J’espère que la Fête de la Toussaint ait augmenté en nous le désir de cette Patrie céleste qui nous attend. Car notre vocation est de devenir des saints et notre fin ultime est d’aller au Ciel. Je termine par la Ière strophe de « La Pentecôte », poésie magnifique d’Alexandre Manzoni (1785- 1873), poète et écrivain catholique italien : « Mère des saints, image de la cité céleste, éternelle conservatrice du Sang incorruptible, toi qui depuis de si longs siècles combats et pries, et te déploies à travers tous les océans (…), Champ de bataille pour ceux qui espèrent, Église du Dieu vivant ! ». Autrement, « À qui irions-nous Seigneur ? Toi seul a les paroles de vie éternelle » (Jn 6,68-69), et l’Église Catholique ton Épouse Mystique et notre Mère, nous a engendrés à la Grâce et nous accompagne vers Toi, vers l’éternité bienheureuse. Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus exprime cette béatitude éternelle en disant : « Ô mon Dieu, vous avez dépassé mon attente ! » ; oui, nous serons comblés bien au-delà de tout ce que nous aurions pu imaginer.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 4 novembre