Fév 052011
 

Après avoir proclamé les Béatitudes aux foules qui le suivaient, Jésus continue son sublime discours, qui avait été en quelque sorte déjà anticipé par la prédication prophétique d’Isaïe. Dans la Ière lecture, Isaïe affirme avec force que la gloire du Seigneur accompagnera celui qui vit dans l’amour, car celui qui aime devient signe de l’invisible présence de Dieu, et sa lumière éclatante se lèvera dans les ténèbres comme le soleil à l’heure de midi. Isaïe montre les voies de la lumière pour un monde qui semble souvent préférer les ténèbres du mal. Mais, continuant et portant à sa perfection les prophéties, Jésus, après avoir proclamé les Béatitudes, leur dit : « vous êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la terre! ». Mais comment? En vivant de ces Béatitudes, nous sommes non seulement fils du « Père des lumières », mais nous devenons nous-mêmes lumière du monde et nos œuvres montreront la gloire de Dieu : « que votre lumière brille devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux ».

En effet, les disciples ne sont du sel et de la lumière que dans la mesure où ils ressemblent au Christ des Béatitudes, qui est la vraie Sagesse et la vraie Lumière. Suis-je sel de la terre? Oui, si je suis disposé à être caché, à disparaître comme le sel, pour pouvoir transformer le monde. Suis-je lumière du monde ? Oui, si mes œuvres, qu’il ne faut pas cacher, deviennent lumineuses et nous conduisent à la source même de la Lumière. Autrement nous devenons fades et une lumière éteinte. «  La nature du sel est toujours la même et ne peut pas changer. L’homme en revanche est sujet au changement, et sera bienheureux seulement celui qui aura persévéré jusqu’à la fin dans toutes les œuvres de Dieu. Voilà pourquoi il exhorte ceux qu’il a appelé « sel de la terre » à rester dans la vertu de la puissance qu’il leur a transmis, pour éviter que, en perdant la saveur, ils ne puissent plus rien saler et ayant perdu eux-mêmes le sens de la saveur reçue, ne puissent pas faire revivre ce qui est corrompu. Rejetés de l’Eglise avec ceux qu’ils ont salés, ils seront piétinés par ceux qui y entrent » (St. Hilaire). Nous devons donc rendre savoureux le monde par les Béatitudes, par l’exemple de notre vie: en étant pauvres en esprit, humbles, miséricordieux, doux, pacifiques, justes, souffrant persécution pour la justice avec dignité sans nous décourager. Si nous pratiquons cela, nous serons la sagesse même de Dieu, une lumière éclatante qui illuminera le monde et montrera la gloire de Dieu, et nos oeuvres resplendiront comme le soleil.

Cette ville située sur une montagne c’est aussi l’Eglise, posée au centre de l’Histoire, « fondée sur la foi du Seigneur notre Sauveur dans la gloire céleste. En dépassant par son action spirituelle toute mesquinerie de la faiblesse humaine, elle est devenue insigne et glorieuse de par le monde entier : elle n’est plus voilée par l’annonce de la Loi, mais, par l’enseignement évangélique, elle est devenue bien visible par la prédication du Royaume » (St. Chromace d’Aquilée). Si alors aucun homme n’allume une lumière pour la cacher, combien plus la divine Trinité a mis au sommet la lumière du Fils, pour qu’elle soit bien visible afin que tous soient illuminés.  Nous avons été illuminés par la grâce de la Foi, éclairés par la lumière de l’Esprit Saint, afin que nous resplendissions spirituellement comme une lumière sur un chandelier par les oeuvres de la foi et de la justice ». Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus l’avait compris lorsqu’elle disait : « j’ai compris que la charité ne doit pas être enfermée au fond du cœur,  mais elle doit illuminer et réjouir tous ceux qui sont dans la maison ». Sel de la terre, lumière du monde, ou, comme dirait St. Paul, la « bonne odeur du Christ » qu’il faut répandre : c’est la « saveur » du Christ qui nous fait goûter que Dieu est Père. La « saveur » du Christ c’est l’amour humble qui se donne, et qui, en même temps, redonne au monde la saveur en le rendant meilleur. Oui, goûtons les choses d’en haut: « Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux, heureux l’homme qui espère en lui »

(Ps 33,9)

Don Carlo CECCHIN

Lectures du dimanche 6 février  2011