Juin 072013
 

Sans porter un regard excessivement pessimiste sur notre temps, notre société s’apparente bien souvent à cette vision que nous rapporte saint Luc dans cet épisode de la reviviscence du fils de la veuve de Naïm : Un groupe d’hommes et de femmes portant en terre un espoir déçu que rien ne semble pouvoir revivifier. Nous sommes en face d’une société sans espérance parce qu’il s’agit d’une société sans foi. Il lui faut alors se poser un certain nombre de questions :

Comment, une société qui croit uniquement en l’homme et en ses prouesses techniques peut-elle encore croire en un Dieu qui ne vient pas seulement donner une vie ou simplement, si j’ose dire, la permettre mais qui peut seul lui donner tout son sens ? Notre société d’aujourd’hui a fait de son monde sans Dieu un monde de désespérance et ce n’est pas la technique ou la science, c’est selon, qui va lui permettre de franchir le cap de sa finitude insoutenable. Car inévitablement l’homo sapiens faber en touchant ses limites, se heurte à ce dont il ne dispose pas et qu’il recherche avidement. Il est en recherche d’absolu, de sacré, de sainteté. Comment la mort peut-elle alors lui signifier le passage à la vie éternelle ? Car quand l’homme de notre temps rencontre la mort, il se sent totalement démuni tant il ne trouve aucune réponse à sa signification personnelle qui concerne le destin suprême de la personne. Ce n’est pas bien sûr l’euthanasie qui sera une réponse valable à ce mystère puisqu’elle lui enlève son sens le plus profond, sa signification d’acte personnel d’abandon total entre les mains de Dieu. Et pourtant, à l’époque baroque, il n’était pas de peintures ou de sculptures qui ne représentent des sages ou des saints en méditation, contemplant un crâne humain posé devant eux, comme l’on poserait son livre sur sa table de chevet. Il ne s’agissait pas alors d’une quelconque méditation morbide ou mortifère, mais bien l’image mise sous les yeux de ce à quoi la vanité de cette vie aboutit. La mort avait ainsi une signification parce qu’on avait fait l’effort de se confronter à elle. On ne l’évacuait pas

systématiquement de son champ visuel, comme nous le faisons bien souvent. Bossuet pouvait ainsi déclarer : « O mort nous te rendons grâces des lumières que tu répands sur notre ignorance… Tu apprends à l’homme ces deux vérités qui lui ouvrent les yeux pour se bien connaître : qu’il est infiniment méprisable en tant qu’il passe ; et infiniment estimable en tant qu’il aboutit à l’éternité. » Voilà le secret de notre vie.

Abbé Alexis de Monts

Lectures dominicales du 9 juin