Juin 172017
 

La Fête-Dieu est vraiment la fête que nous faisons à Dieu réellement présent parmi nous dans le Très Saint Sacrement. Chaque communion aussi est une fête pour notre âme. Cependant, depuis que la communion est devenue fréquente, voir quotidienne – chose très bonne en soi, car nous avons besoin de cette nourriture céleste, de ce viatique qui nous accompagne dans le désert de ce monde – il y a le danger que cette « fête » ne se transforme en routine, tout comme les Israélites se sont lassés de la manne, nourriture, disaient-ils, fade et sans consistance, que Dieu faisait tomber du ciel pour les nourrir et qui à la longue les a dégoûtés. Les Latins disaient : « assueta vilescunt », l’habituel devient banal. C’est un danger aussi pour les prêtres. Et nous, quel sens donnons-nous à nos communions ? Il est bon de vérifier avant chaque communion nos dispositions intérieures, pour éviter la routine et ne pas se mettre en file derrière les autres par habitude. Certains me disent qu’ils ne peuvent pas se priver de communier ; fort bien, mais pour quelles raisons ? Pour se rassurer ? Pour avoir chaud au cœur, obtenir un certain bien-être plus ou moins spirituel ? L’Eucharistie n’est pas une simple gâterie que Dieu nous fait. Sans le désir, sans la soif, sans la faim de Dieu cela devient vain. Saint Augustin nous aide à comprendre la dynamique de la communion eucharistique lorsqu’il fait référence à une sorte de vision qu’il eut et dans laquelle Jésus lui dit: «Je suis la nourriture des forts. Grandis et tu m’auras. Tu ne me transformeras pas en toi, comme la nourriture du corps, mais ce sera toi qui sera transformé en moi» (Conf. VII, 10, 18). Alors que la nourriture corporelle est assumée par notre organisme et contribue à son entretien, l’Eucharistie est un Pain différent: ce n’est pas nous qui l’assimilons, mais c’est lui qui nous assimile, de sorte que nous devenons conformes à Jésus Christ, membres de son corps, ne faisant plus qu’un avec Lui. Parce qu’en échange la communion eucharistique le Christ nous transforme en Lui, nous sommes plongés dans son amour, dans la communion trinitaire.

Pour que cela se réalise, il faut être déjà uni à Jésus par la Grâce. Saint Paul est clair dans sa lettre aux Corinthiens: « Celui qui mangera le pain et boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. Que chacun donc s’éprouve soi- même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de ce calice » (11, 27-28). Le Lauda Sion, la magnifique séquence de cette fête composée par saint Thomas d’Aquin dit : « Les bons et les méchants s’approchent, mais pour un sort bien différent : les uns reçoivent la vie, les autres sont condamnés…». Dans la Somme Théologique le même Saint Docteur précise : « Quiconque mange ce sacrement signifie donc par là même qu’il est uni au Christ et incorporé à ses membres. C’est là l’effet de la Foi inébranlable, qui ne coexiste jamais avec le péché mortel » (III, q. 80 a. 4). Bien entendu, l’Eucharistie n’est pas réservée aux parfaits (ils n’existent pas!) ; ce n’est pas non plus la récompense de quelque mérite que ce soit. Selon le Lauda Sion qui est un véritable compendium de théologie, l’Eucharistie est « le pain des Anges, devenu l’aliment des voyageurs, c’est vraiment le pain des enfants… ». Les Anges, eux, communient aussi, mais en se nourrissant de Dieu dans cette vision immédiate qu’ils ont de Lui et qui les comble et les rassasie à l’infini. Ils contemplent Jésus Christ directement, sans médiation, tandis que nous, nous Le « voyons » à travers la Foi comme le dit encore le Lauda Sion : « Ce que tu ne comprends ni ne vois, une foi ferme te l’assure, hors de l’ordre naturel. Sous diverses apparences (le pain et le vin), seulement signes et non réalités, des réalités sublimes se cachent ». Dans l’autre chant latin, le Panis Angelicus, toujours de saint Thomas, il est dit : « Voici le pain des Anges, devenu pain des hommes…le serviteur pauvre et humble mange le Seigneur ». L’Eucharistie est donc l’aboutissement et la plénitude de notre itinéraire de Foi et gage de vie éternelle. Cette « invention » sublime de Jésus, sortie tout droit de son Cœur très aimant pour que nous puissions être nourris comme des enfants autour de la table que notre Père céleste nous a préparée dès ici-bas, nous qui sommes devenus ses fils par le baptême. La communion sacramentelle est une anticipation des noces éternelles de l’Agneau décrites dans l’Apocalypse. Ne l’oublions jamais chaque fois que nous communions. Notre Ciel commence dès ici-bas. Je terminerai par les deux derniers couplets du Lauda Sion : « Bon Pasteur, vrai pain, Jésus, aie pitié de nous ! Guide-nous, sois notre défense ; fais-nous contempler le bonheur dans le royaume des vivants. Toi, qui sais et peux toutes choses, et qui nous fais vivre ici- bas en nous donnant ta nourriture, fais de nous tes commensaux, cohéritiers de la Cité des saints. Amen ! ».

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 18 juin