Sep 092018
 

Pour vivre des sacrements, il est tout d’abord indispensable de comprendre combien l’économie sacramentaire n’est pas un aspect contingent de notre être de chrétien, ni une option quelque peu inférieure de la vie spirituelle. N’est pas supérieur à l’autre, en effet, le baptisé qui délaissant les assemblées de prière et l’Eglise, voudrait se perdre dans un cœur à cœur avec Dieu. Le Sacrement dans son hylémorphisme (sa double composante matérielle et spirituelle) nous rappelle que nous sommes également un composé humain fait d’une âme et d’un corps, donc autant une âme incarnée qu’un corps animé. Le sacrement donne Dieu mais en éveillant l’homme en quelque sorte à son mystère.

Car le sacrement est un mystère, non pas une vérité impénétrable, mais une réalité sacrée qui nous est communiquée, un signe sensible où Dieu se dévoile et se donne à sa créature. Aucune étape de cette découverte ne peut être escamotée. Brûler l’étape du signe pour passer directement à la réalité dernière qui est la grâce, ce n’est respecter ni Dieu ni l’humanité. Ni Dieu puisqu’Il a voulu que le sacrement pût signifier ce qu’il opère pour rejoindre l’homme. Ni l’humanité, car cela serait la tronquer dans sa structure métaphysique et cela viendrait également à jeter un soupçon gravement préjudiciable sur la création tout entière par laquelle Dieu rejoint l’homme et par laquelle l’homme remonte vers Dieu, nous souvenant que Lui- même revendique le « cela est bon » de la Genèse.

Vivre des sacrements, c’est aussi se garder de faire du monde une idole, puisque le signe est là pour nous mener à Dieu. L’homme doit passer par lui pour entrer dans son mystère mais il ne doit pas s’y arrêter. C’est apprendre dans le concret de la vie ecclésiale que ni la sainteté, ni le don de soi à Dieu, ni communion à Lui ne sont possibles en dehors du sacrement qui donne, et grâce sanctifiante et grâces actuelles. Ce n’est que par des médiations visibles que l’on rencontre la Vérité et la Vie invisibles. Vivre des sacrements c’est aussi être invité à entrer dans le chemin difficile de la foi où la pleine vision n’est pas de mise mais où déjà la vie éternelle nous est donnée et où elle est commencée. C’est entrer dans le mystère de la Parole qui est une histoire. Ce que le Christ a vécu nous est donné de vivre dans les sacrements. L’histoire sainte qui est celle où Dieu révèle à l’homme son dessein d’amour devient la nôtre en tant que chacun des sacrements reçus nous configurent au Christ dans sa passion mais aussi dans toute sa vie terrestre. Vivre des sacrements n’est donc pas se remémorer quelque chose de la vie du Christ, mais bien d’y être associé. Ainsi quand le prêtre baptise, il reprend les mots même du Christ et ouvre l’âme du baptisé à la vie divine ainsi qu’il est dit dans l’Evangile de ce dimanche pour la rendre enfin capable de Dieu, capable de chanter la gloire divine, capable d’entendre toutes ses merveilles.

Abbé Alexis de Monts, vicaire

Lectures dominicales du 9 septembre