Fév 132015
 

Plusieurs fois, le Pape François a cité un livre, l’indiquant comme un antidote au « progressisme adolescent » ou « à la globalisation hégémonique caractérisée par la pensée unique persuadée qu’aller de l’avant est meilleur que rester dans la fidélité. Cela s’appelle apostasie, adultère, parce qu’on négocie, on marchande l’essentiel, la fidélité au Seigneur». La dernière fois, ce fut dans l’avion au retour des Philippines. Ce livre s’intitule Le Maître de la Terre (Lord of the World, 1907) de Robert Hugh Benson (1971-1914). Fils d’un archevêque de Canterbury, ce dernier se convertit au catholicisme et devint prêtre. Dans son homélie à Ste Marthe le 18 /11/13, le Pape François faisait de ce livre le commentaire suivant : « l’auteur parle comme si c’était une prophétie, il a vu combien l’esprit du monde porte à l’apostasie ». Écrit en 1907, ce roman, a vrai dire assez inquiétant, raconte l’ascension de Julian Felsemburgh, auteur de la paix entre Orient et Occident, philanthrope, démocrate, très populaire, champion d’un nouvel humanitarisme athée qui prêche la tolérance universelle, en supprimant les différences entre les religions, et donc, de ce fait, les anéantissant. Devenu président du monde, il est adoré comme un dieu par des foules en délire. Tel un anti-christ, mais un anti-christ « soft », d’une société qui veut se passer de Dieu et donc de Jésus Christ, il va le « singer » à travers une religion et une liturgie qui lui rend un véritable culte. Dans ce « monde nouveau », on embrasse la credo de l’humanitarisme et l’abjuration du credo chrétien se propage : «  des « ministres de l’euthanasie » en « faveur » des malades, prêtent leur concours plein de compassion ; le mariage sacré n’existe plus, mais se trouve remplacé par le « mariage avec bail »; on s’en tient à un « nouvel évangile » ; Il n’y a pas Dieu, mais l’homme ; pas le prêtre, mais le député ; pas le prophète, mais le pédagogue » ».  Sans s’en rendre compte, la population se retrouve dans le pire des esclavages, celui de la conscience, (méfiez-vous lorsque on vous parle d’ « ordre mondial »! L’Église Catholique n’accepte pas tout cela et, au nom de la tolérance, elle est mise hors la loi, persécutée et presque anéantie. Ayant perdu la plupart de ses fidèles, elle est délimitée à la seule ville de Rome, comme un îlot assiégé, et à quelques catholiques éparpillés de par le monde. Mais, suite à un attentat à « l’abbaye de Londres » devenue temple suprême maçonnique, Rome est totalement détruite en représailles. C’est alors que les deux cardinaux survivants élisent le P. Percy Franklin comme Pape, sous le nom de Silvestre III. Ce dernier quitte alors Rome en ruine et revient aux origines, là où tout a commencé, à Nazareth, pour reconstruire l’Eglise, dans une atmosphère qui ressemble de plus en plus à la veille de l’Apocalypse.

Si le Pape François en a tant parlé, est-ce en raison de la simplicité et de la pauvreté du dernier Pape Silvestre III ? Je ne crois pas ! C’est un livre incroyablement actuel, parce qu’il décrit d’une manière clairvoyante le monde d’aujourd’hui, avec ses réalités et ses hypothèses inquiétantes. Dans son roman, Robert Benson prédit la quasi disparition de la foi chrétienne, non pas à cause d’une persécution sanglante, mais à travers l’humanitarisme exacerbé, le bien de l’homme par l’homme exclusivement. Pour utiliser les propres mots de Benson, la charité serait remplacée par la philanthropie et la foi serait évincée par la culture. Le Mal se cache derrière l’idéologie faussement humaniste, pacifiste et progressiste. « La pensée unique qui domine le monde – a-t-il dit le Pape François dans l’homélie citée plus haut – légalise les « condamnations à mort », ainsi que « les sacrifices humains », il y a des lois qui les protègent ». Il est difficile, ici, ne pas y voir une allusion à l’avortement et à l’euthanasie. En s’inspirant de la lecture du jour, tirée des Maccabées, le Pape a parlé de la « racine perverse » de la mondanité ; Il faut faire comme les autres, dit-on souvent, et pour éviter d’être isolés des autres nations, il faut abandonner nos traditions ;  il faut vivre avec son temps, entend-t-on dire aussi. Certes, mais qu’est-ce que cela signifie ? Les Maccabées n’ont pas voulu pactiser avec le roi païen Antiochus IV Épiphane, qui avait profané le Temple et voulait anéantir le culte du vrai Dieu. On tient comme vraie l’affirmation que les religions fomentent les guerres, alors que les guerres de religion en Europe ont éclaté à cause de la politique et de la convoitise des princes, la religion n’étant, en principe, qu’un prétexte. Des voix s’élèvent aussi pour affirmer que le christianisme est une faillite, un échec. Depuis plus de deux siècles l’Église Catholique est persécutée, ridiculisée, calomniée, accusée de tous les maux possibles. Récemment, le Président Obama a dit que les chrétiens avaient eux aussi été cruels au cours des croisades et de l’Inquisition. Sans doute les présidents américains ne brillent-ils pas par leur culture historique…Dans le livre dont nous parlons, le Maître de la terre voulait que l’Église devienne une sorte de coquille évidée de sa substance salvifique, une sorte d’agence humanitaire, une o.n.g. planétaire, où l’espérance n’est plus en Jésus-Christ mais uniquement en l’homme lui-même.

Le Pape Benoît XVI, qui apprécie beaucoup ce roman, a dit lors d’une homélie du Jeudi Saint : «Ne sommes-nous pas, nous – peuple de Dieu – devenus en grande partie un peuple de l’incrédulité et de l’éloignement de Dieu? N’est-il pas vrai que l’Occident, les Pays centraux du christianisme sont fatigués de leur foi et, ennuyés de leur propre histoire et culture, ne veulent plus connaître la foi en Jésus Christ ». Parmi les personnages du livre, il y a un couple, Olivier et Mabel Brand, adeptes du nouveau credo. Mabel dit à sa mère mourante qui, peu avant la fin, avait demandé l’Eucharistie: «Maman, ne comprenez-vous pas que tout ce que Jésus-Christ a promis est devenu réalité, mais dans un autre sens. Vous me dites vouloir le pardon des péchés, eh bien, le voilà, le pardon: nous l’avons tous, car il n’existe aucun péché, il n’y a que des actes criminels. Et vous voulez recevoir la communion, croyant en cela participer à Dieu lui-même. Eh bien, nous participons tous de Dieu ; c’est pour cette raison que nous sommes des êtres humains! Vous ne voyez pas que le christianisme est simplement un moyen d’exprimer toutes ces choses? J’admets que c’était le seul, autrefois; mais à présent, il est déjà dépassé par un autre, bien meilleur ». Voilà l’humanité, devenue auto-rédemptrice, n’a plus besoin de Dieu, parce qu’elle est « dieu ! ». Analysant la société actuelle, le pape Benoît XVI a décrit une « humanité qui voudrait être autosuffisante, où de nombreuses personnes sont presque convaincues de pouvoir se passer de Dieu pour bien vivre ».  Le Pape déplorait aussi la perte du sens du péché. Dans le roman, le monde nous apparait comme si Dieu avait voulu s’en retirer après l’avoir laissé dans la plus complète satisfaction de soi, sans Foi, ni Espérance….Je ne vais pas vous révéler la fin du livre, mais quoi qu’il arrive, la volonté de Dieu se fera toujours, de toute façon. Jésus nous dit : « Ayez confiance, j’ai vaincu le monde » (Jn 16,33)
« Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin » (Ap. 22,13)

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 15 Février