Oct 182013
 

Les chrétiens ne se seront-ils pas découragés à attendre la justice de Dieu ? Ecoutons ce que dit le Psaume 73 : « J’en étais à envier les gens sans foi car je voyais le bonheur des méchants. Ils ne connaissent pas la souffrance, ils sont bien nourris, leur corps est sain. La peine de l’homme ne les touche pas, ils ne sont pas éprouvés comme les humains. De là leur orgueil: ils le portent en collier; la violence est le vêtement qui les couvre, leur graisse sue la méchanceté et leur cœur déborde d’inventions mauvaises. Ils ricanent, ils cherchent comment nuire, ils parlent de très haut, et c’est pour tromper. Ils savent tout du ciel, et la terre pour eux n’a pas de secret. ». Combien de fois n’avons-nous pas eu la tentation de « lâcher », de ne plus croire, fatigués d’aller à contre-courant, d’être fidèles à Dieu ? Jésus essaie de nous encourager, car si un homme méchant comme le juge de la parabole fait justice à une pauvre veuve, symbole de ce qui est faible, méprisé et sans défense, qui le harcèle, combien plus Dieu le fera-t-il à ceux qui l’invoquent ? Donc nous ne devons pas nous lasser de prier.

Mais, avons-nous Foi en l’efficacité de la prière ? Car il y a bien un lien entre Foi et prière ! La prière doit venir d’une Foi confiante : « Je crois, Seigneur, aide-moi dans mon incrédulité ! » (Mc 9,24). Aujourd’hui on parle toujours de la Foi « adulte » que nous aurions, une Foi « mature », débarrassée de tout échafaudage, de tout rigorisme dogmatique ou moral ; Or, nous constatons qu’elle est en crise : comment est-ce possible ? Mais en fait : qu’est-ce que la Foi ? J’aimerais poser cette question à une pauvre veuve pakistanaise dont on a assassiné le mari parce que chrétien, et qui continue de croire en Jésus Christ, la peur au ventre pour la vie de ses enfants. Très probablement, elle ne doit pas connaître beaucoup le catéchisme, ni avoir suivi de cours bibliques, ni connaître la racine hébraïque de certains mots de l’Evangile, pourtant elle doit avoir plus de Foi que beaucoup d’exégètes…Ma grand-mère ne connaissait sans doute pas tous les dogmes, mais elle avait le sensus fidei, le sens de la Foi et celui de l’Eglise, qui semble faire défaut aujourd’hui. Lorsque je fais réciter l’Acte de Foi aux enfants du catéchisme, ils ne connaissent pas encore grand chose, mais ils ont déjà cette disposition d’âme de croire à tout le dépôt révélé, bien qu’ils ne le connaissent pas encore.

Cette disposition intérieure de totale confiance en Dieu et en sa promesse de Salut éternel est l’un des « fruits » du St. Esprit énumérés par St. Paul. C’est cette simplicité d’âme qui nous manque vis-à-vis de la Foi. En disant cela je ne veux pas encourager l’ignorance, loin de là, il faut que la Foi cherche à comprendre, mais, aujourd’hui, pour la plupart des chrétiens, la Foi est comme un marché où il y à prendre et à laisser, ce qui la rabaisse à ce que nous sommes disposés à croire, en en devenant nous-mêmes juges. Si la Foi est bien d’abord un « don surnaturel » (Gratia dat fidem, dit St. Thomas), car il n’est pas possible de  croire tout seul sans la grâce de l’Esprit Saint, c’est aussi un acte libre et humain qui implique la liberté et l’intelligence. La Foi n’est donc pas une simple adhésion intellectuelle à des vérités particulières sur Dieu, c’est surtout un acte libre d’abandon à Dieu, qui est notre Père. La Foi dont parle Jésus dans St. Luc, montre avec certitude que Dieu est présent et agit dans l’histoire. C’est la Foi qui nous fait vivre un juste rapport avec Dieu, selon ce qui écrit dans le livre d’Habacuc (2,4) : « Le juste vit de la foi ». Cette expression est reprise par St. Paul jusqu’à trois fois dans ses lettres. Selon St. Basile le Grand : « Celui qui prie a dans ses mains le gouvernail de l’histoire », car l’Eglise marche, pèlerine, parmi les infidèles, vivant de la Foi et attendant avec persévérance et confiance la vie éternelle (St Augustin, la Cité de Dieu).

Le temps de la justice de Dieu viendra, soyons en sûrs. Nous crions pour avoir justice, mais quelle justice voulons-nous ? «  Jusques à quand, Maître saint et vrai, tarderas-tu à faire justice, à tirer vengeance de notre sang sur les habitants de la terre ? » (Ap. 6,10). Dieu leur répond de patienter pour que le nombre de ceux qui doivent être mis à mort comme eux soit complet. Il y en a beaucoup en ce moment…« La victoire qui triomphe du monde, c’est notre Foi » (1 Jn 5,4) dit St. Jean. Alors, Notre Seigneur trouvera-t-il la foi à son retour ? Cela dépend de chacun de nous !

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 20 octobre