Mar 112011
 

Cette épreuve de Jésus, son Père l’a voulue, l’a organisée. Quel est ce Père qui envoie son Fils Bien Aimé rencontrer le diable ! Y-a-t-il un secret dans ce désert que Jésus devait connaître avant de nous parler ? Y a t il dans ce désert un secret que le diable veut garder jalousement pour lui-même ? Pourquoi Dieu permet-il au diable d’exercer une sorte de chantage sur Jésus : « Si tu es le Fils de Dieu ? Mais peut-être tu ne l’es pas ? » Comment le diable peut-il être un partenaire de Jésus ? Comment peut-il dialoguer à part égale avec Jésus ? Et comment le diable peut-il exister avec la permission de Dieu ? Alors ce Dieu est plus déconcertant que celui du mont Sinaï avec les éclairs et le tonnerre. Et si Dieu avait besoin d’une bouche humaine qui dise OUI… C’est l’homme en Jésus qui va défier le diable. Le diable est sans doute plus jaloux de l’homme que jaloux de Dieu. Le diable semble avoir plus peur de l’humanité, de Jésus, que de Dieu.

Ce que Jésus a appris de Jean-Baptiste ce n’est pas un enseignement théologique et moral. Il a appris de Jean, le désert. C’est pourquoi aussitôt il part dans le désert. Pour réfléchir à ce qu’il va dire et vivre. Pour nous aussi le désert est nécessaire. Seuls devant nous-mêmes, devant les questions essentielles. Dans le désert nous pouvons tomber les masques. Et il n’y a plus de parasitage continuel de l’urgence et du bruit. Devant le livre de notre vie. Avec les pages à raturer et les pages blanches qui attendent. Une tentation c’est un choix inévitable.

Trois sortes de problèmes. Le diable nous dit : « occupe toi d’abord de toi-même : laisse tomber les autres » ou encore « sois le plus fort. Sers toi des autres. Ils sont tes esclaves » ou encore « tu peux faire n’importe quoi avec la technique et la science. Tant pis si les autres n’en profitent pas comme toi ». Les tentations ce sont les décisions que toutes les générations doivent prendre. Sans oublier qu’elles concernent toute l’humanité et l’avenir des enfants. Notre tentation c’est peut être aujourd’hui de penser que nous sommes dépassés par les évènements. Que nous ne maîtrisons plus rien. Il n’y a plus que de la pierre là où il faudrait du pain. Il n’y a plus que la fatalité là où il faudrait de l’espérance. Avoir faim résume la condition humaine.

Nous avons toujours faim de quelque chose. Jeûner c’est une manière de regarder en face notre faim. Jeûner c’est reconnaître que nous avons besoin de Dieu. Jeûner c’est reconnaître que nous sommes vulnérables. C’est accepter d’avoir besoin des autres. C’est chercher à aimer et être aimé. Dieu ne nous a pas fabriqués à la chaîne pour remplir l’éternité. Il y a en chacun de nous quelque chose d’unique. Il faut s’arrêter de temps en temps pour y réfléchir lentement. Le Carême c’est le désert devant notre porte. Il se pourrait qu’un peu d’amour en sorte. Et que se réveille au fond du cœur la faim la soif et cet amour qui vient de Dieu.

Père Georges PERIE

lectures du dimanche 13 mars 2011