Juin 032016
 

La résurrection du fils de la veuve de Naïm, nous fait percevoir tout l’amour du Cœur de Jésus, car en Lui résident et se révèlent les entrailles de miséricorde et le visage compatissant de Dieu. Jésus, vrai Dieu et homme parfait, nous a aimé avec un cœur d’homme ayant l’immensité et l’intensité de l’amour de Dieu. « Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes, […] jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour. Et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart qu’ingratitude » se plaint Jésus à Sainte Marguerite Marie Alacoque en 1675. Voilà pourquoi Saint François d’Assise, rentrant de l’ermitage de La Verna après avoir reçu les stigmates, se mit à pleurer. « Elles te font mal ? » demandent ses frères. « Non, ce n’est pas pour cela que je pleure » répondit François, « Je pleure parce que l’Amour n’est pas aimé !». Jésus partage lui-même la souffrance de l’homme confronté à la douleur et à la mort, car Dieu est toujours proche de celui qui souffre et n’est jamais indifférent. L’amour de Jésus n’est ni stoïque, ni platonicien ; il est tendresse, bonté et miséricorde. L’Évangile a toujours beaucoup de retenue lorsqu’il s’agit de décrire les sentiments de Jésus, mais nous pouvons les deviner et ressentir son cœur vibrer d’amour. Le Cœur humain de Jésus, avec une intensité toute divine, a réellement éprouvé des sentiments de joie et d’admiration face à la splendeur de la création, à la candeur des enfants, au regard du jeune homme resté pur mais qui l’a déçu parce qu’il n’a pas voulu le suivre ; des sentiments de miséricorde envers tous les « pauvres » : pécheurs, malades, parents qui suppliaient pour leur enfant, veuves en pleurs, les foules errantes et affamées, les rejetés de la société ; des sentiments d’amitié envers ses apôtres, ses disciples, Lazare et ses sœurs ; des sentiments de pitié pour Jérusalem, pour son peuple, pour Judas qui l’avait trahi; des sentiments d’indignation envers les marchands du Temple qui profanent la maison de son Père, envers les pharisiens hypocrites. Au moment de son agonie, il a eu des sentiments de terreur face au mystère de la mort et du mal qui semblait triompher. Mais la révélation la plus décisive du Cœur de Jésus, est que l’amour n’est pas total s’il n’accepte pas de traverser la mort, « car l’amour est fort comme la mort» (Ct 8,6). Jésus lui-même l’a dit : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; s’il meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jn 12,24-25). Cela peut se produire par la mort physique, comme pour Jésus, mais dans tous les cas, par la mort à soi-même, le dépouillement, le renoncement, l’oubli de soi, car « si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix, et qu’il me suive » (Mt 16,24). Si la souffrance, de toute façon présente dans notre vie, est assumée par amour du Christ, elle peut devenir porteuse de vie et de salut. Y a-t-il scène d’Évangile plus émouvante que celle de cette mère veuve qui pleure son enfant qui n’est plus ? Jésus a-t-il vu en cette mère éplorée sa propre mère qu’Il rencontrera sur le chemin du Golgotha ? Cette mère, abîmée dans sa douleur, n’aperçoit même pas Celui qu’elle croise. Elle ne demande rien, mais Jésus prend l’initiative car il est ému jusqu’aux entrailles, au plus intime de lui-même. Un convoi de mort sort du village et rencontre l’Auteur de la Vie. Jésus s’approche, touche le cercueil et, avec autorité, rappelle à la vie l’adolescent, puis le rend à sa mère. Nous aussi, lorsque nous sommes dans la détresse, nous oublions Dieu, au lieu de nous réfugier dans le Cœur très aimant de Jésus. Les douleurs de la veuve de Naïm sont l’image de nos afflictions. Nous pleurons tous quelqu’un ou quelque chose : la perte d’une personne aimée, un revers de fortune, le chômage, une calomnie, un déshonneur, une maladie, une profonde mélancolie. La dépression est une maladie que notre époque engendre si facilement. C’est à chacun de nous que Jésus dit « venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Prenez sur vous mon joug et recevez mes leçons : je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez du repos pour vos âmes, car mon joug est doux et mon fardeau léger » (Mt 11,28-30). Cette mère qui pleure, est aussi l’image de la sainte Église qui implore pour ses fils morts à la Grâce ; ses larmes ont aussi le pouvoir d’émouvoir Jésus pour qu’ils ressuscitent à la vie divine. Alors, en cette Année Sainte de la Miséricorde, allons, pleins de confiance et d’amour, vers le Cœur Sacré de Jésus, car Il nous attend tous avec une bonté et une miséricorde infinies. Il semble nous dire : « Éveille-toi, toi qui dors ; lève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera » (Ep 4, 14). ».

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 5 juin