Nov 232018
 

La Fête du Christ Roi avait été fixée au dernier dimanche d’octobre par Pie XI, lors de la parution de l’Encyclique Quas Primas (11 décembre 1925), déplacée ensuite à la fin de l’année liturgique, ce qui augmente le symbolisme eschatologique. Une antienne tirée d’un antiphonaire du Moyen Age dit : « C’est moi qui suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le début et la fin, qui vis avant l’origine du monde et pour les siècles des siècles, à jamais… ». Texte magnifique qui rappelle la Veillée Pascale.

Il suffit de considérer les cathédrales avec ces statues du Christ à la noble allure comme le « Beau Dieu » d’Amiens. Au Moyen Age, cette royauté du Christ était universellement admise et vécue, et la Foi n’était pas seulement un fait privé, mais social, pour bâtir une société humaine fondée sur l’Évangile, faite à l’image du Ciel. Car le règne de Dieu est venu jusqu’à nous par l’Incarnation, malgré les limites et les défauts inhérents à toute société humaine, mais les principes de l’Évangile et la Grâce sont là pour rectifier et perfectionner cette humanité qui reste pourtant pécheresse. Le laïcisme à la française est une très mauvaise invention. Il a contaminé l’Europe entière et ne pourra pas résister face à une autre religion, autrement plus conquérante, qui a brouillé la donne, n’offrant pas cette synthèse donnée par l’Évangile : cette harmonie idéale entre la Cité de Dieu et celle des hommes, la société terrestre à l’image du Ciel, harmonie entre le naturel et le surnaturel, la raison et la Foi, la morale et la politique, la bravoure et la piété, l’humilité et la gloire.

Nous ressentons de plus en plus cette nécessité de la loi divine, ou du moins de la Loi Naturelle (10 Commandements) qui doit imprégner la société car, en s’éloignant de la Loi de Dieu, et donc de la Vérité, nous allons vers l’arbitraire, vers où nous porterons nos pires instincts, vers un monde déshumanisé, sans justice véritable, où même le bien commun ne peut être assuré.

Pie XII dans son message radio de la Pentecôte 1941, affirme que « de la forme donnée à la société conforme ou pas aux lois divines, dépendent et s’insinuent le bien et le mal dans les âmes… », et donc leur salut ou leur perte. Il ne s’agit pas de politique ou de pouvoir, mais de destinée éternelle. St Jean-Paul II, dit que la société doit être juste et belle, « à la mesure de l’homme et selon le dessein de Dieu ». Le Concile Vatican II proclame la même chose : « Mais si, par « autonomie du temporel », on veut dire que les choses créées ne dépendent pas de Dieu et que l’homme peut en disposer sans référence au Créateur, la fausseté de tels propos ne peut échapper à quiconque reconnaît Dieu. En effet, la créature sans Créateur s’évanouit ». (GS 36,3). Voici ce que dit aussi le Catéchisme de l’Église Catholique : « En évangélisant sans cesse les hommes, l’Église travaille à ce qu’ils puissent « pénétrer d’esprit chrétien les mentalités et les mœurs, les lois et les structures de la communauté où ils vivent » (Apostolicam Actuositatem). L’Église manifeste ainsi la royauté du Christ sur toute la création et en particulier sur les sociétés humaines ». (n.2105). Ou le Christ, ou le chaos ! Certes, même au Moyen Age, tel Roi ou tel Empereur a pu avoir des différends avec la papauté, mais il savait pertinemment que toute autorité vient de Dieu, y compris la sienne. Ce pouvoir était mis en évidence par l’Église, au cours d’une liturgie magnifique, « le sacre », d’où cette aura de sacralité qu’entourait leur personne ; tout cela reste encore dans notre imaginaire inconscient.

Voilà pourquoi le Christ est « Roi », seul mot qui peut bien exprimer cette réalité. Selon St Thomas d’Aquin, le Christ, même en tant qu’homme, a la pleine puissance législative, judiciaire et exécutive tant dans le spirituel, que dans l’ordre temporel, mais celle-ci n’est pas exercée directement. C’est la théorie des deux glaives, affirmée par la tant décriée Bulle Unam Sanctam de Boniface VIII (1302) : le glaive spirituel propre à l’Église et le glaive temporel concédé au Roi. Selon St Robert Bellarmin et Suarez, cette royauté est directe dans le spirituel et indirecte dans le temporel. Pouvoirs distincts, sans doute, mais le deuxième est subordonné au premier. En y pensant bien, peut-on se soustraire à la Loi de Dieu, ou à sa puissance ? De toute façon on en payera les conséquences.

Aujourd’hui, un état catholique semble une chose impensable, pourtant il y en a eu jusqu’à une époque récente ! Même le couronnement du Pape, « Serviteur des Serviteurs de Dieu », donnait une image de cette royauté du Christ, car « servir Dieu c’est régner ». Voici, par curiosité le texte en latin, c’est plus joli : « Accipe Tiaram tribus coronis ornatam, et scias Te esse Patrem Principum et Regum, Rectorem Orbis, in terra Vicarium Salvatoris Notri Jesu Christi cui est honor et gloria in saecula saeculorum – Reçois la tiare orné aux trois couronnes, afin que tu saches que tu es le père des Princes et des Rois, Régisseur du monde, sur terre Vicaire de Notre Seigneur Jésus Christ, à qui appartient l’honneur et la gloire pour les siècles de siècles ». Vieilleries d’un passé heureusement révolus ? Où est l’Évangile dans tout cela ? me direz-vous. Pourtant le dernier Pape à être couronné fut St Paul VI.

Il faut se rendre compte que le second avènement de Jésus ne sera pas comme le premier, dans l’humilité et la pauvreté, mais dans la puissance et la gloire et Jésus exercera pleinement son pouvoir royal. Hélas, nous ne savons plus lire les signes des temps que Dieu nous donne. Mais,
Jésus, est Roi de quoi ? De l’univers ? Sans doute : « A toi le ciel, à toi aussi la terre, le monde et
son contenu, c’est toi qui les fondas » (Ps 88,12). Mais, à quoi bon être Roi de galaxies innombrables et de planètes froides et inhospitalières – même si les photos des radio télescopes

nous montrent des images d’une grande beauté – si Jésus n’est pas le Roi de nos cœurs ? Nous qui avons été créés à l’image et à la ressemblance de Dieu, notre âme est son royaume ! Jésus a régné par sa Croix, pour nous sauver et nous attirer par son amour, car « servir Dieu c’est régner », et notre destinée est de régner éternellement au Ciel avec Lui.

Jésus, n’a pas exercé son pouvoir royal, ici-bas, mais il en sera autrement à son deuxième avènement. « Au Roi des siècles, immortel, invisible, seul Dieu – et à son Fils incarné, Jésus le Christ, mort et ressuscité pour notre salut – soient honneur et gloire, aux siècles des siècles! Amen! » (1Tm 1,17). « Viens Seigneur Jésus !» (Ap 22,20). Maranatha !

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 25 novembre