Sep 182015
 

Le 8 juin 2014, la Congrégation du Culte Divin a publié un document sur le bon déroulement de l’échange de la paix pendant la messe, document resté plutôt confidentiel. La paix ! Geste hautement symbolique, car c’est Jésus lui-même qui nous donne d’abord Sa paix : « Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix » (Jn 14,27), paix qui n’est pas celle que le monde donne. Cette paix est le fruit de la Rédemption que le Christ a apporté au monde par sa mort et par sa résurrection. Cette paix est d’abord la réconciliation entre Dieu et les hommes et ensuite des hommes entre eux, puisque le Christ nous réunis tous en Lui. Le signe de paix est donc un très beau symbole de communion entre les fidèles et le Christ. Puisque la paix vient de l’autel, qui représente le Christ, c’est donc Jésus Christ qui embrasse ceux qui participent à son sacrifice, en faisant de tous les fidèles une unité intime qui s’incorpore à Lui. Mais quel sens donnons-nous à ce geste de serrer la main de son voisin de banc ou de chaise, si nous avons le cœur rempli de rancœur, de méchanceté, de colère ? Parfois certains s’en confessent, moi, je leur réponds que la communion n’est pas un calmant, ni un anxiolytique, ni un antidépresseur doux, bien que dans l’Eucharistie, il y ait toute la douceur de l’amour de Dieu. Avec de telles dispositions d’âme pendant la messe, mieux vaut s’abstenir de communier ! « Si tu présentes ton offrande à l’autel, et que là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis reviens, et alors présente ton offrande » (Mt 5,23-24). C’est sans doute la raison pour laquelle le rite de la paix dans le rite ambrosien (Milan) est opportunément avant l’offertoire, alors que dans la tradition liturgique romaine, il se situe entre le Notre Père et la fraction du pain, durant laquelle on supplie l’Agneau de Dieu de nous donner Sa paix, juste avant la communion. Dans la forme extraordinaire de la messe, le baiser de paix n’a été conservé que dans la messe solennelle, c’est-à-dire celle avec diacre et sous-diacre, et seulement les clercs se donnent la paix ! (Ont-ils plus besoin de faire la paix entre eux que les laïcs ? Il faut le croire !). Dans ce geste, il y a, certes, une claire dimension ecclésiale, mais il faut rappeler qu’à la dimension communautaire, est superposée la « verticalité » : ce qui nous maintient unis les uns les autres, c’est la présence réelle du Christ, et non pas, par exemple, se tenir la main au Notre Père, pratique née chez les protestants. Nous, nous avons l’Eucharistie qui nous unit! Ce n’est donc pas une simple paix humaine acquise par l’amitié et solidarité, mais la paix du Christ ressuscité : c’est Lui notre paix !

Dans la pratique, ce rite est laissé aux soins des Conférences Épiscopales, car, en raison des caractères, des cultures ou des différentes sensibilités, les gestes peuvent changer. On ne se donne sans doute pas la paix de la même manière au Japon et en Afrique… Je sais par expérience que certains fidèles, plus réservés, n’aiment pas trop cette pratique. Certains s’en sont plaints auprès des prêtres; d’autres, un peu hygiénistes, n’aiment pas serrer la main de ceux qui viennent de tousser ou de se moucher ! Avec les enfants c’est toujours un chahut monstre ! Aux enterrements certaines familles ne souhaitent pas faire ce geste pour des raisons que je comprends très bien. Lors des mariages c’est un peu la foire : on risque de déplacer les plumes des chapeaux, de laisser un peu de fond de teint ou de rouge aux lèvres sur la joue d’un voisin distrait…

Bon, j’ironise un peu ! Veuillez me pardonner ce ton quelque peu plaisantin. Voici les recommandations de la Congrégation pour le Culte Divin : 1. Ne pas introduire un « chant pour la paix », qui n’est pas prévu par le Missel Romain. 2. Pour les fidèles, éviter le fait de se déplacer pour échanger entre eux le signe de paix. 3. Pour le prêtre, éviter le fait de quitter l’autel pour donner la paix à quelques fidèles. 4. Éviter que le geste de la paix soit l’occasion d’exprimer des congratulations, des vœux de bonheur ou des condoléances aux personnes présentes, dans certaines circonstances, comme par exemple, à l’occasion des solennités de Pâques et de Noël, ou durant la célébration de rites comme le Baptême, la Première Communion, la Confirmation, le Mariage, les Ordinations, les Professions religieuses et les Obsèques. Bien entendu, si une personne parait isolée, on est porté tout naturellement à aller vers elle pour lui donner la paix, mais certains ne souhaitent pas faire ce geste. Par ailleurs, il n’est prévu nulle part de lever et d’ouvrir les bras au Notre Père : ce n’est que du mimétisme par rapport au célébrant. Celui-ci écarte les bras parce qu’il prie pour et au nom de toute l’Église. Il ne faut pas confondre le sacerdoce ministériel avec celui commun. Mon professeur d’iconographie à l’Université Grégorienne de Rome, me disait que, plus qu’une attitude de prière, c’est plutôt un geste de contemplation, comme celui de l’âme qui contemple Dieu après la mort, car on trouve cette image surtout dans les catacombes. Au Notre Père, la meilleure attitude est d’avoir les mains jointes. D’autres attitudes sont très peu dignes : au moment de la communion par exemple, certaines personnes arrachent pratiquement l’hostie de la main du prêtre : On ne doit pas prendre Jésus. C’est Lui qui se donne, et nous, humblement, nous Le recevons. D’autres présentent les deux mains inclinées, avec un espace au milieu : pauvre Jésus ! Voulez-vous vraiment qu’il tombe ? Au moment de communier, ne Lui faisons pas prendre de risque ni faire trop de contorsions. Si on a les mains occupées, il vaut mieux communier sur la langue. Ayons à cœur d’avoir un maximum de respect envers sa Présence Réelle dans l’Eucharistie. Gardons toujours à la messe une certaine sobriété, une attitude d’adoration, de piété et de recueillement surtout à la consécration et à la communion. Il faut toujours L’adorer en esprit et en vérité.

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 20 septembre