Fév 222013
 

Nous le sommes tous… nuls, j’entends, mais tellement aimés de Dieu ! Il n’est pas facile parler du Carême. Cela agace tout le monde, avouons-le. Mais il faut bien qu’on en parle ! Oui, bien sûr, il faut se convertir, changer son cœur : chose plus facile à dire qu’à faire ! Et pourtant nous devrions en ressentir le besoin. Tout au long de l’année nous vivons dans une espèce de mensonge inutile de le nier ! Nous nous mentons à nous mêmes à peu près sur tout, nous vivons dans l’illusion : sur notre état spirituel, sur notre vie, sur nos rapports avec Dieu, sur notre destinée éternelle, et nous nous berçons dans une tranquillité trompeuse. Le Carême peut nous aider à sortir de cet état, c’est un temps de réflexion, de pénitence, où nous ressentons la tristesse de notre état et, en même temps, la joie de se sentir aimés et pardonnés par Dieu qui ne veut pas la mort du pécheur, mais sa conversion. La toile de fond de notre Carême est donc, comme composition de lieu, le désert: oui, il se trouve aussi à Paris ; le métro n’en est-t-il pas un ? Le désert, lieu aride et hostile, est la négation même de la vie. Dans la Bible, il est infesté de bêtes féroces, d’animaux immondes ; c’est dans ces lieux arides que rôdent les esprits mauvais (Mt 12,43-45), les monstres, les cauchemars… C’est là que l’Esprit conduit Jésus, afin d’y être tenté. Le désert n’est pas un lieu, mais un état d’esprit où, dans un silence assourdissant, l’âme esseulée se retrouve, sans se mentir, face à elle-même, face à Dieu.

Que faire donc pendant le Carême ? De simples bonnes dispositions ne suffisent pas ! Jésus nous en a donné l’exemple, il a jeûné. Dans la tradition ascétique chrétienne on parle aussi de mortification, terme oublié et pourtant si présent dans l’ascèse chrétienne (Larousse: affliger son corps par des privations volontaires), de pénitence : « Si vous ne faites pas pénitence vous périrez tous de même » (Luc 13,5). Réfléchissons ! Lorsque nous sommes dans le deuil ou si quelque chose nous accable, nous perdons le goût à tout, nous n’avons plus faim ! De même, si nous prenons conscience que nos péchés sont des refus de l’amour de Dieu, comment se réjouir ? Et puis nous flattons trop notre corps, qui essaye toujours de se rebiffer. Certains pourraient crier au pharisaïsme, mais c’est une excuse et, entre nous, le danger est minime. Certes, le jeûne, sans les œuvres de miséricorde, est insuffisant. Jeûner et être une « peau de vache » ne sert à rien !

Passons alors à l’aumône ou partage : il doit nécessairement accompagner le jeûne. Saint Ambroise et Saint Augustin affirment que c’est un devoir de justice de donner aux pauvres ce qu’on aurait mangé à son repas. Et Saint Léon le Grand renchérit : « le jeûne sans l’aumône ne serait plus une abstinence, mais un acte d’avarice ! ». Certes, avec l’équivalent de deux jours de jeûne obligatoires par an on ne va pas rassasier grand monde ! Nous serions alors vraiment pharisiens ! Il y a aussi le détachement des biens de ce monde, l’esprit de pauvreté, la première Béatitude. Saint Augustin dit qu’il est toujours plus admirable de ne pas s’attacher à ce qu’on possède que de ne rien posséder du tout ! Et l’un de ses contemporains, Saint Paulin de Nole, qui avait donné toute sa fortune aux pauvres, déclarait qu’ « il y a plus de courage à mépriser ce qu’on a, qu’à ne pas avoir ce qu’on méprise ». Oui, je comprends, aujourd’hui tout cela c’est de l’ostrogoth ! Assez d’ascétisme, que diable ! Mais toutes ces pratiques ne sont pas une fin en elles-mêmes.

Contemplons maintenant la Transfiguration : elle a si peu de miraculeux et tellement de surnaturel ! Ce n’est pas la suspension d’une loi de la nature comme pour les autres miracles, mais l’irradiation de la lumière que Jésus avait naturellement, en montrant sa divinité. En réalité, le seul but du Carême est la contemplation de la gloire de Dieu et notre transfiguration. « Aujourd’hui » commente Pierre le Vénérable « La splendeur divine s’est montrée corporellement visible à nos yeux. Aujourd’hui, le Soleil éternel, ôtant un tant soit peu la suie de l’infirmité de la chair, a brillé à travers un corps encore mortel, irradiant admirablement par un nouveau et éclatant miracle. Aujourd’hui, le Verbe incarné a montré la déification de la chair, la splendeur du visage et de vêtements ». Derrière la cendre qu’on a imposée sur nos fronts, derrière nos efforts de Carême, il y a notre future glorification. La suie de notre humanité disparaîtra, avec toutes ses faiblesses, pour laisser transparaître en nous le visage transfiguré de Jésus : «La lumière de votre visage a été marquée sur nous, Seigneur, vous avez donné la joie à mon cœur » (Ps 4,7).

Don Carlo Cechin

Lectures dominicales du 24 février