Déc 022017
 

« La venue du Fils de Dieu sur la terre est un événement si immense, que Dieu a voulu le préparer pendant des siècles. Rites et sacrifices, figures et symboles de la « Première alliance » (He 9,15), Il fait tout converger vers le Christ ; Il l’annonce par la bouche des prophètes qui se succèdent en Israël. Il éveille par ailleurs dans les cœurs des païens l’obscure attente de cette venue » (C.E.C. 522). L’humanité entière était dans la détresse, soumise au péché et à la mort, esclave de Satan, incapable de se relever, mais dans cette nuit qui semblait ne plus avoir de fin, il y avait des lueurs d’espérance : le brûlant désir des Patriarches et des prophètes qui attendaient le Sauveur ; Jésus lui-même a affirmé qu’Abraham avait tressailli de joie en voyant son jour (Jn 8,39). Attente universelle, venue du fond des siècles, à laquelle la création entière participe.

« Abreuve-toi à l’Ancien et au Nouveau Testament, écrit Saint Ambroise, dans l’un et l’autre, tu boiras le Christ ». Saint Jean Baptiste sera le prophète du seuil messianique, « l’ultime voix avant le Verbe », selon l’expression de Saint Augustin, l’ultime cri de détresse, devant celui qui apporte la miséricorde. La détresse disparaît, quand se lève « le soleil qui éclaire tout homme ». Mais, Origène (v.185-v.253) y voit aussi l’attente de Dieu qui appelle les hommes, qui « s’exténue » à vouloir les sauver du fond de leur indifférence et les « provoque » sans cesse : « demande-moi un signe » dit le Seigneur. Le roi Achaz, n’a pas su ou voulu répondre à Dieu qui était prêt à donner un signe : « Écoutez maison de David, ne vous suffit-il pas de fatiguer les hommes que vous en veniez à fatiguer le Seigneur ? » (Is 7, 10-18).

Ce signe viendra lorsque Dieu ne pourra résister aux désirs ardents de la Vierge Marie, la plus belle parmi les créatures, la pleine de grâces, celle qui, selon Isaïe, concevra un Fils dans son sein ; selon saint Augustin, Marie « prius concepit mente quam ventre » (Sermon 215,4), elle a conçu Jésus dans son esprit, dans son cœur, avant de le concevoir dans son sein. Oui, la Vierge Marie est la modalité par laquelle Dieu a voulu nous ressembler. En elle, coexistent tous les éléments du Salut : l’Ancien et Nouveau Testament se croisent dans le cœur de cette jeune fille, chef-d’œuvre de Dieu, « Hortus conclusus soror mea, sponsa ; Ma sœur et ma fiancée est un jardin enclos » (Ct 4,12), périmètre sacré où l’infini se fait fini, visible, palpable, aimable. Le « Fiat » de Marie fait écho à l’offre de salut de Dieu, et le Verbe Éternel dit aussi son « Fiat », « me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté » (He 10,7). Alors, la promesse s’accomplit en Marie et, le « Désiré de toutes le nations » (Ag 2,8), s’est fait chair et a habité parmi nous.

Qu’est-ce que l’Avent ? Adventus, dans le latin classique, signifie venue, avènement, mais aussi entrée triomphale, terme utilisé pour un roi qui entre dans sa ville pour y prendre le pouvoir, pensons par exemple à la dernière entrée royale dans Paris de Charles X après le sacre, sous un arc triomphal éphémère à la Place du Trône, aujourd’hui Place de la Nation. Cela nous le trouvons dans le cérémonial impérial romain et plus tard dans la liturgie impériale byzantine, et plus exactement dans le Livre des Cérémonies de Constantin VII Porphyrogénète, dont le sacre ne prévoyait pas d’onctions royales comme en Occident, mais toute une série d’Adventi, d’entrées triomphales dans la ville, à Sainte Sophie et au Palais Impérial, avec l ‘acclamation du peuple. Les onctions royales viendront après, avec l’influence franque. Le terme Avent est connu dans la Vulgata et dans la littérature chrétienne depuis les premiers siècles, bien avant l’instauration du Temps de l’Avent proprement dit, au Ve siècle environ. Pour nous, c’est bien l’avènement d’un Roi qu’il s’agit, et de quel Roi !

Comme dit la Sagesse : « du haut des cieux, ta Parole toute-puissante s’élança du trône royal » (18,15), pour venir dans nos cœurs, pour nous rendre riches en grâces et nous sauver. Alors, comment vivre ce temps liturgique qui nous prépare à Noël, certes, mais qui en même temps nous dispose au dernier avènement, à la Parousie ? En préparant le chemin du Seigneur dans notre âme. Beaucoup de chrétiens attendent Jésus comme ils attendent un autobus, sans parler de l’homme d’aujourd’hui qui se croit maître de sa destinée, alors qu’il n’est qu’un pauvre aux désirs exaspérés, pleins d’illusions et de désillusions. Il y a, hélas, des attentes trompeuses qui mènent nulle part. L’Avent est le temps propice pour accueillir le Christ, l’unique qui peut nous guérir de nos faiblesses, et nous consoler de sa présence. Saint augustin n’hésite pas à dire que : « Personne n’est sauvé, s’il n’accueille pas le Christ qui vient » (In Io. Gv. tr. 2, 13).

Autrefois, l’Avent était un véritable temps pénitentiel, plus long qu’aujourd’hui. Suivons bien la liturgie, car elle exprime toutes les qualités qui doivent animer un vrai chrétien en ce temps de grâce. Il y a la vigilance, vertu spécifique de celui qui vit dans la fervente attente du Sauveur. La Foi, nourriture et soutient pour accueillir, comme Marie, le mystère de Dieu fait homme. L’espérance pleine de désirs ; la conversion du cœur, qui prépare à la rencontre avec le Christ. La prière fervente et la joie, qui aura son épanouissent dans le Royaume des cieux. L’Avent est surtout Dieu qui nous attend, et nous, qu’attendons- nous ?

Ô Jésus, vivant en Marie, venez et vivez en vos serviteurs: dans l’esprit de votre sainteté, dans la plénitude de votre force, dans la perfection de vos voies, dans la vérité de vos vertus, dans la communion de vos mystères ; dominez sur toute puissance ennemie, en votre Esprit pour la gloire du Père. Ainsi soit-il. (Abbé Olier, 1608-1657)

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 3 décembre