Nov 272015
 

Depuis le Vème siècle au moins, l’Avent est le temps où les chrétiens se préparent à la fête de Noël, et, en même temps, à la venue définitive du Christ à la Parousie. Le chrétien devrait adapter sa piété aux temps liturgiques, car chaque temps a sa mystique, sa spiritualité, son caractère propre. On ne vit pas l’Avent comme le Carême. Ce qui pourrait nous aider, ce sont les antiennes, les lectures bibliques des quatre semaines qui composent l’Avent, la lecture des Pères de l’Église, où les thèmes de l’attente, de la conversion, de la joie, convergent vers la Fête de Noël, considérée non seulement comme mémoire de la naissance historique de Jésus, mais aussi comme promesse et annonce de sa venue glorieuse à la fin des temps, et, en même temps, comme « visite » continuelle au milieu de son peuple. Car ces deux « avènements » n’épuisent pas la grâce de ce temps liturgique.

En effet, entre la première et dernière venue du Christ, entre l’Incarnation et la Parousie, la liturgie nous indique une troisième venue du Seigneur, que Saint Bernard appelle « Avènement du milieu ». Nous vivons donc entre le « déjà » de la première venue et le « pas encore » de la deuxième, c’est à dire dans l’aujourd’hui de la liturgie et de l’histoire. Dans une homélie, Saint Maxime de Turin nous éclaire : « Ce qui est arrivé jadis, nous l’avons vu clairement et nous le voyons tous les jours. Les œuvres du Christ sont si merveilleuses qu’elles ne tombent pas dans l’oubli en raison de l’antiquité, mais acquièrent chaque jour une nouvelle vigueur par la grâce…Face à la puissance de Dieu, en effet, rien n’est aboli, rien n’est passé, et face à sa grandeur, tout est au présent. Pour lui, le temps est « aujourd’hui ». Toute la succession des siècles est un seul et même jour, dans lequel le Sauveur en opérant des prodiges pour nos pères, les a faits aussi pour nous » (Hom. 102,2). Le psaume iI dit en effet : « Le Seigneur m’a dit, tu es mon fils, je t’ai engendré aujourd’hui ».

Pour nous chrétiens, c’est « l ‘Avènement du milieu » qui nous importe, car il faut vivre au présent avec l’Emmanuel, Dieu-avec-nous, qui a toujours existé au sein du Père dans l’éternité, qui s’est incarné dans le temps, que nous attendons à la fin des temps et avec qui nous régnerons pour l’éternité. « Au premier avènement Jésus a été notre Sauveur, au troisième il sera notre vie et à l’Avent d’aujourd’hui il est notre repos et notre consolation (St. Bernard, Vème Discours sur l’Avent). Car cet « Avènement du milieu », il ne faut pas le rater, souligne Saint Bernard, car il nous aide à passer du premier au troisième «avènement». Ce temps liturgique n’est donc pas seulement le souvenir d’un anniversaire, ni uniquement la contemplation de Dieu sous l’aspect, pourtant si aimable, d’un nouveau-né, mais aussi et surtout l’attente d’un Dieu qui vient, maintenant. Mais saurons-nous le reconnaître ? L’attente vigilante, voilà ce qui caractérise l’Avent. Qu’est- ce que la vigilance ? Jésus en parle souvent, c’est l’attitude du chrétien, qui, vivant dans le présent, est projeté vers le futur. « Je le dis à tous : veillez ! » (Mc 13,37). « Veillez donc,  puisque vous ne savez pas quel jour le Seigneur va venir » (Mt 24, 42). « Heureux ces serviteurs que le Maître, à son arrivée, trouvera veillant » (Lc12,37). St. Paul et St. Pierre en parlent souvent aussi. Toute l’histoire humaine, ainsi que notre vie, est un chemin vers le Seigneur, fait d’une attente vigilante et d’une fidélité active, vers l’achèvement, l’aboutissement de la Création, mais, cela requiert notre collaboration. Il faut donc mettre notre vie dans cette perspective.

Marie est la figure centrale de l’Avent, exemple sans pareil de la « Vierge prudente » de l’Évangile, car Marie, dit St. Augustin, avait conçu Jésus dans son esprit, avant même de le concevoir dans son sein (Prius concepit mente quam ventre). « Voici que je me tiens à la porte et je frappe : si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez-lui, je souperai avec lui et lui avec moi » (Ap. 3,20). Marie fut la première à ouvrir cette porte, grand ouverte, au Seigneur qui vient. Le Cardinal Ratzinger, en commentant l’Encyclique Redemptoris Mater de St. Jean Paul II dit : « L’Avent est dans la liturgie de l’Église un temps marial : temps où Marie a fait place en son sein au Rédempteur du monde ; Le temps pendant lequel elle porta en elle-même l’attente et l’espérance de l’humanité. Célébrer l’Avent, signifie devenir comme Marie, s’unir à son « OUI », qui est continuellement le lieu de la naissance de Dieu, de la plénitude du temps de Dieu ». L’Avent est donc le temps de l’attente, de l’espérance, de la joie, du silence…Le silence : c’est le secret de Marie, l’expression de sa grandeur, parce qu’il exprime toute son humilité, sa pureté, sa Foi, son amour, sa disposition à écouter et garder Dieu dans la mémoire de son cœur. Mais, au fait, attendons-nous encore quelque chose ? Qu’espérons-nous ? Que désirons-nous ? Les juifs au temps la naissance de Jésus à force d’attendre, s’y étaient habitués, et n’attendaient plus personne. Vivant dans un monde de plus en plus frénétique, il est de plus en plus difficile de faire silence en soi-même, de se recueillir, de contempler, et donc de prier. Restons en présence de Dieu, comme Marie l’a toujours été. Nous sommes comme à la fin d’une longue nuit où l’aurore pointe déjà : notre cœur se réjouit, car le Seigneur vient et nous, nous allons à sa rencontre. « Voici que je viens bientôt » : Viens, Seigneur Jésus !

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 29 Novembre