Jan 172014
 

A tous ceux qui ont été scout dans leur vie, ils savent ce que veut dire un totem, c’est à dire un nom d’animal donné à quelqu’un et qui le caractérise en quelque sorte. Ainsi celui ou celle qui met du cœur à l’ouvrage afin de scier des rondins, pourrait être totémisé castor, ou celui qui remporte tous les championnats de course, lièvre, ou encore celui qui a mauvais caractère et qui possède une stature imposante, grizzli. Mais aujourd’hui alors que nous avons déjà reconnu Jésus comme le Fils Unique de Dieu en qui le Père a mis tout son amour, alors que l’Esprit est descendu sur Lui le manifestant comme le Messie aux yeux du Peuple, le Baptiste, grand sachem de la troupe du désert le désigne comme l’Agneau de Dieu. On aurait pu imaginer qu’il l’affublât d’un totem plus prestigieux, lui, le descendant de David, et le Fils éternel du Père ; tel que Le Lion de Juda, c’est lui parait-il le roi des animaux. Il est beau, majestueux, puissant et volontaire. François 1er avait lui choisi la salamandre, Louis XIV la mangouste, Napoléon 1er l’abeille. Et bien nous chrétiens, nous devons prendre l’agneau, cet animal gentil, doux et passablement grégaire.

Quelle étrange tradition d’attribuer aux chrétiens, et au premier de tous, le Christ lui-même l’image d’un agneau. Car enfin, en matière d’animaux, on aurait pu en trouver un plus glorieux. Tenez, par exemple, le lion de Juda. Sommes nous alors condamnés à n’émettre qu’un faible bêlement comme signe le plus manifeste de notre férocité ? Sommes nous contraints de suivre plus ou moins nonchalamment les bergers autoproclamés de notre temps sans penser à aller voir ailleurs ? Sommes nous obligés, enfin, de trembler sans pouvoir réagir à la moindre annonce de la venue d’un prédateur à poils ?

Non, car le chrétien n’est pas un être soumis, faible et inconsistant. Le Christ n’est agneau que parce qu’il refuse de triompher du monde à la manière d’un lion, c’est-à-dire de capturer sa proie à coups de griffes et de crocs en la laissant vaincue, déchiquetée et sans vie. L’agneau chrétien est celui qui donne sa vie en réparation du péché, il est libre et volontaire, c’est pourquoi il choisit lui-même son pasteur qui n’est pas de ce monde. Et ses bêlements ont la force et le retentissement d’un rugissement de fauve, mais seulement lorsqu’il s’unit aux autres agneaux ses frères.

Oui soyons des agneaux et n’en n’ayons pas honte, mais soyons des agneaux chrétiens qui connaissent les prés d’herbes fraîches où il fait bon se reposer ; soyons des agneaux que le monde et ses prédateurs ne pourront jamais effrayer car ils se trouvent à l’abri de la bergerie-Eglise ; soyons des agneaux dont les cris d’allégresse et de louange couvriront ceux de la haine et de la misère car ils seront portés par celui qui est le Verbe éternel.

Choisissons donc de prendre comme totem l’Agneau de Dieu, et offrons à Dieu la laine de nos bonnes œuvres en sacrifice d’expiation, ainsi nous n’aurons pas été tondus en vain.

Abbé Alexis de Monts

Lectures dominicales du 19 janvier