Nov 092012
 

Qu’est-ce la religion pour nous ? Une posture ? Ce qui revient à une imposture !  Est-elle fondée sur la vérité ?  « La religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici : «  visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et se conserver sans être souillé par ce siècle » (Jc 2, 27). Car Jésus oppose deux genres de comportement religieux. Le premier est celui des scribes prétentieux, qui se pavanent et utilisent la religion pour se faire valoir et s’enrichir. Jésus condamne cette attitude sans pitié. Le second est celui de la veuve qui, à la vue des hommes, accomplit un geste dérisoire, mais pour elle est plein de conséquences, car elle se prive du nécessaire. Jésus loue l’impressionnante authenticité de cette pauvre femme, et la donne en exemple à ses apôtres, et à nous ! « L’Eternel ne considère ce que l’homme considère ; l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Eternel regarde au cœur » (1Sam 16,7).

Mais, laissons de côté la rhétorique de la pauvreté, car ce n’est pas le thème de la liturgie comme on pourrait le croire. La pauvreté est en soi un mal, et dans l’Ancien Testament, la souffrance, la douleur, la pauvreté ont toujours été associés au péché. Ici il s’agit d’autre chose. La veuve de Sarepta de la première lecture est symbole de faiblesse, d’impuissance, de fragilité. Elle se prépare à mourir avec son fils, car elle n’a plus rien pour vivre. Mais, lorsqu’humainement il n’y a plus d’espoir, Dieu révèle alors sa puissance d’amour et de salut. En partageant le peu qu’elle a avec Elie, elle s’ouvre au salut en faisant confiance à Dieu. C’est la vraie pauvreté d’esprit. Nous sommes tous pauvres. La vraie pauvreté c’est l’expérience de notre insuffisance, de nos limites, de notre condition humaine.

Lorsqu’on expérimente cette pauvreté, cette « finitude », on peut alors s’ouvrir à la richesse infinie et inépuisable de Dieu. Nous devons alors nous approcher de Lui en lui donnant le peu que nous avons : une poignée de farine, un peu d’huile ou deux piécettes, le peu que nous sommes et le Seigneur transformera notre pauvreté en richesse. L’homme considéré seulement en lui-même n’est que désespoir et mort, mais, s’il se laisse approcher de Dieu, toucher et guérir, il devient espérance et vie. La veuve de l’Evangile, aussi, affirme cette vérité. Ici, Jésus ne décrit pas tant la générosité des riches – l’Eglise et les pauvres en ont besoin – mais fait l’éloge de la Foi. Cette pauvre veuve, en donnant tout ce qu’elle a pour vivre, lance un défi : elle donne tout ce qu’elle est ! Elle affirme que sa vie ne se réduit pas à un problème de sous, pourtant indispensables pour vivre, mais elle se confie à un « Autre » plus grand que tout, plus nécessaire que tout le reste. Cet « Autre » est toute sa vie, et pour Lui elle peut se passer même du nécessaire. Les Scribes, et tous ceux qui leurs ressemblent, sont le contraire des pauvres en esprit. Ils sont « repus » d’eux-mêmes, plus que nourris de la Parole de Dieu. Et tout en étant « experts » de cette Parole de Dieu, ils s’en servent pour leur intérêt.

Oh ! Ne jetez la pierre à personne, nous sommes tous concerné. Les scribes représentent cette partie d’humanité – non géographique – qui se trouve au-dedans de nous. Notre rapport avec Dieu doit être fondé sur la confiance et l’abandon, mais si c’est avec suffisance et comptant sur la richesse ou le bien-être, nous éloignons Dieu de notre vie, car Dieu ne peut pas être contenté, ni satisfait ou acheté par quelque superflu que ce soit !  Ecoutez ce que dit Saint Paulin de Nole (355-431) : « (La veuve) Elle donna ce qu’elle avait, pour pouvoir posséder ce qu’elle n’avait pas encore vu. Elle donna des choses corruptibles pour obtenir celles incorruptibles […]. Donnons, donc, au Seigneur ses mêmes dons à intérêt; En effet, il n’y a rien que nous avons qui ne soit un don qui vient de Dieu, et nous sommes nous-mêmes des dons venant de Lui. Et nous, que pouvons-nous avoir de nôtre, puisque par cette dette si grande envers Dieu nous ne nous appartenons plus ? Non seulement parce que nous avons été crées par Dieu, mais aussi parce que rachetés par Lui. Réjouissons-nous donc, car nous avons été rachetés par le sang du Christ». Soyons donc nous-mêmes don de Dieu aux autres !

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 11 novembre