Mai 302014
 

La veille de sa mort, après le « repas pascal », l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce, avant son arrestation, Jésus adresse au Père une touchante prière. Nous n’avons pas l’occasion de la méditer très souvent aux messes du dimanche et pourtant, quel trésor spirituel !

Le Christ prie pour lui-même, afin que le Père le glorifie. Il prie pour ses apôtres, afin qu’ils soient préservés du mal et affirmés dans la vérité qu’ils devront enseigner, affermis aussi dans la sainteté et dans la charité ; pour tous ceux qui croiront en lui… Il prie donc pour nous et pour chacun en particulier.

Que demande-t-il pour nous ? Que se réalise son dessein d’amour, que nous bannissions tout égoïsme et toute division. Seule la foi, la connaissance et l’amour du vrai Dieu peuvent réaliser une union véritable entre tous les hommes quelles que soient leur origine et leur différence. Nous n’avons pas à « inventer » la prière ! Il suffit de faire nôtre celle de Jésus : quand ce dernier demande au Père de le « glorifier », il faut bien comprendre ce mot, car, pour nous, il a habituellement une signification honorifique, il se colore d’une nuance d’orgueil, de suffisance. Mais pour Saint Jean (et toute l’Ecriture) la « gloire » d’un être, c’est le poids, la densité, la vigueur qu’il possède. Lorsque Jésus demande d’être « glorifié », cela veut dire qu’il aura besoin d’un surcroît de force et de puissance que seul le Père peut lui donner pour le « passage » qui s’annonce comme très proche. –« Glorifie-moi » : cela signifie « Donne-moi le courage d’affronter cette croix où je serai exalté et glorifié à la face du monde. Donne-moi de réussir ma mission qui révèlera ta gloire et la valeur que je tiens de toi ». De même, nous pouvons très bien parler à Dieu de nous-même, prier pour nous-même, mais pas pour demander de gagner au loto ou de réussir à un examen qu’on n’a pas préparé. On peut s’adresser à Dieu pour réussir sa vie (et non dans la vie !), pour réaliser pleinement sa vocation de père, d’époux, de malade…

« Tout ce que vous demanderez en mon nom, le Père vous l’accordera ». Comment cette prière ne serait-elle pas exaucée puisqu’elle est la prière même de Jésus ? Il faut que ce soit une prière qu’il puisse prendre à son compte. « Mon Père, éloigne de moi ce calice, cependant non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! »

Si nous voulons prier au nom de Jésus, écartons de nous les puérilités, ne demandons pas des bagatelles de bonheur humain. Sans doute la prière est une conversation avec le Père et nous devons nous exprimer spontanément et filialement, nous « raconter » à Dieu avec joies, nos désirs, nos impatiences. Mais toutes les grâces nous ne devons les implorer que d’une manière conditionnelle et sans âpreté, car nous sommes incapables de voir clairement si elles seront pour nous des moyens ou des obstacles dans notre effort pour aimer Dieu davantage, qu’elle élimine ce qui en elles serait trop terrestre ou trop humain.

Redisons toujours, avec les apôtres, « Seigneur apprenez-nous à prier ! »

Abbé Deny Thouard

Lectures dominicales du 1er juin