Mai 012011
 

C’est un clin d’oeil de la Providence qu’en ce IIème dimanche de Pâques, le Pape Jean-Paul II, qui a voulu que ce dimanche s’appelle de la « Divine Miséricorde », soit béatifié. Ce dimanche s’appelait aussi « in albis deponendis », car anciennement les néophytes, c’est à dire ceux qui avaient été régénérés par le baptême pendant la Veillée Pascale, déposaient les tuniques blanches, symboles de leur pureté baptismale. Désormais c’est par la sainteté de leur vie qu’ils devront manifester leur adhésion au Christ.

Chaque année, Thomas arrive avec un temps de retard : il est là pour encourager ceux qui, parmi nous, ont du mal à croire au message de la Résurrection. « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirais pas ! ». Dans sa fameuse toile de « l’apparition à Thomas », Caravage exprime d’une manière admirable le regard étonné de Thomas, comme si c’était celui de chacun de nous qui voulait avoir l’évidence, toucher, voir. Jésus nous aime trop pour nous laisser en proie à la douleur et au doute. Il est vivant et révèle à Thomas la mesure de son amour, de sa miséricorde. Thomas s’était peut-être trop investi dans un songe qu’il croyait brisé et devait avoir du mal à s’en remettre. Oh, Je le comprends : adieu grands rêves, adieu grands idéaux, la vie est souvent décevante, les illusions nombreuses, et les compromis inévitables… Dans notre vie chrétienne de tous les jours, pas d’actions exaltantes mais un quotidien plutôt morne, qui à la longue devient insupportable : mais n’y a-t-il pas quelque chose d’héroïque en tout cela ? Pauvre Thomas ! Il est le patron des vaincus, des déçus, de ceux qui ont de la bonne volonté, du courage même, mais qui en sortent meurtris. Thomas est las, il n’a plus le courage de croire, ni d’écouter le témoignage d’amis peureux. Peut être, est-ce parce qu’il s’est senti exclu de la joie de ses compagnons, comme si il n’en avait  pas été digne, ou pas aussi aimé qu’eux. Lorsque nous ne comprenons pas la manière d’agir de Dieu, notre tentation est d’imaginer un manque d’amour à notre égard. Et Jésus (oui, toujours Lui!), le patient, le miséricordieux, l’attend, insiste, en le prenant au mot. Huit jours après, Thomas est présent,  Jésus s’approche de lui : sa voix ne juge pas, mais l’encourage, avec un léger accent de reproche : « bienheureux ceux qui croient sans avoir vu ». Il  montre ses plaies presque pour lui dire : « Thomas, j’ai aussi souffert, ne le crois-tu pas ? Touche ici, tu n’a pas été le seul à souffrir… ». Les plaies, les blessures béantes de Jésus font tomber tout à coup ce qui faisait barrage et lui font faire son admirable acte de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu » ! L’apôtre se rend à l’évidence, il voit un homme ressuscité, pas de doute, mais il l’adore comme son Dieu. Pâques sans la croix n’aurait aucun sens, de même que la croix sans Pâques serait absurde.

La Résurrection n’efface pas la croix, mais la transfigure et la sublime. Seul un amour aussi grand peut nous toucher au plus profond de notre incrédulité, pour révéler la puissance de sa Passion. Le Christ ressuscité apparaît avec ses stigmates ; à travers ces signes si proches de notre humanité,  notre regard entrevoit comme à travers des soupiraux, la Miséricorde infinie de Dieu. Nous aussi, combien de fois ne sommes-nous pas scandalisés de l’incohérence de l’Eglise, lorsque ses fragilités, qui sont les nôtres, nous semblent trop grandes, lorsqu’il nous semble impossible qu’autant de gloire soit confiée à une telle pauvreté ? Mais c’est justement parce que l’Eglise est faible, qu’elle peut recevoir la grâce de la miséricorde de Dieu, et devenir elle-même médiatrice de miséricorde et ministre de la rémission des péchés envers tous ceux qui demandent le pardon. Jésus veut que nous devenions tous apôtres de sa Miséricorde. Dans son journal, Sœur Faustine écrit : « J’éprouve une douleur immense lorsque j’observe les souffrances du prochain. Je porte dans mon cœur leurs angoisses… »

Que la rencontre avec la divine Miséricorde nous ouvre les yeux du cœur pour reconnaître le vrai visage d’un Dieu qui, à travers le sacrifice de son Fils, restaure et attire a Lui l’humanité entière.

Marie, Mère de Miséricorde, aide-nous à devenir des instruments dociles de la Miséricorde de ton Fils.

Don Carlo Cecchin

 

Lectures dominicales du 1er Mai 2011