Juin 242011
 

Chaque année, la Fête-Dieu ou Fête du Corps et du Sang du Christ est l’occasion pour l’Eglise  de renouveler solennellement sa foi en la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Ce n’est pas seulement un geste commémorant l’avènement passé du Sacrifice de la Croix, ce n’est pas seulement le souvenir ému et intense de l’Eglise pour l’offrande que le Christ a fait de lui-même une seule fois, mais la présence réelle du Corps du Christ livré et de son Sang répandu. C’est la présence de la Personne du Christ dans son acte de se livrer au Père en adoration absolue, pour le salut des hommes : sur l’autel, Jésus se rend présent comme victime pour nos péchés, renouvelant d’une manière non sanglante son sacrifice.

Les « signes » ou « espèces » du pain et du vin demeurent, mais leur « substance » est transformée en l’identité du Christ ; à travers le pain et le vin « transubstanciés » – « transfigurés », comme les définit Saint Ambroise – on entre en communion non pas avec un symbole, mais avec la vérité du Corps et du Sang de Jésus. L’Eucharistie que nous célébrons chaque jour, n’est pas qu’une « image » rappelant l’immolation par la croix : elle en est le « sacrement », et y coïncide donc rigoureusement.

Toutefois, si nous adhérons – et nous y croyons – à l’explication théologique qui peut sembler un peu aride, la réalité, elle, ne l’est pas du tout, car Dieu a, en quelque sorte, épuisé ses trésors de grâces dans le sacrement de l’Eucharistie : que peut-Il donner de plus que lui-même ? Cependant, une chose (et beaucoup d’autres) m’échappe : pourquoi ce sacrement ? Ce que Jésus nous dit dans l’évangile de saint Jean est étonnant. Jésus ne nous dit pas de nous nourrir de sa sainteté ou de sa justice, il ne dit pas non plus de nous abreuver à son innocence et à sa douceur, ni de puiser la force dans sa puissance divine. Jésus nous dit de manger sa chair et boire son sang : vous vous rendez compte ? Jésus nous offre sa faiblesse et sa fragilité ! Il aurait pu rester parmi nous par d’innombrables moyens, n’est-il pas le Fils de Dieu ? Il aurait pu nous laisser un signe définitif de sa puissance et de sa gloire, pour  affermir notre foi si chancelante. Il aurait pu… Et pourtant, non ! Il y a là toute la sagesse infinie de Dieu. Jésus reste parmi nous avec sa faiblesse, sous l’humble « apparence » du pain et du vin. Avec sa vie passionnée d’amour pour nous, son histoire parmi les hommes où il nous a fait connaître la miséricorde, il nous montre le vrai visage du Père. Il nous fait découvrir que lui seul nous rassasie et nous désaltère dans nos inquiétudes, lui seul peut nous donner la force pour notre vie, lui seul peut remplir de beauté notre quotidien.

Mais communier n’est pas le seul fait de « manger sacramentalement » le corps du Christ. Communier, en plus de la dimension ecclésiale, c’est être dans une relation personnelle avec le Christ, reçue déjà par la Grâce : notre communion, c’est faire demeurer le Christ en nous, c’est vivre avec lui, avoir en nous sa vie. Manger sa chair et boire son sang, c’est « communier » à son cœur incandescent d’amour, c’est assimiler le secret de sa vie plus forte que la mort, c’est découvrir que Dieu nous est plus intime que nous ne le sommes à nous-mêmes. C’est seulement ainsi que manger le Corps du Christ devient une communion « spirituelle ». Communier sans l’état de grâce équivaudrait à une sorte de « palliatif » spirituel qui nous trompe sur notre vrai état et ne pourrait aboutir à sa réalisation ultime : l’ « incorporation » au Christ. Comme le rappelle St. Thomas d’Aquin : « c’est un état de fiction qui ne correspond pas intérieurement au signe extérieur, qui indique l’incorporation au Christ. Celui qui n’a pas dans son cœur le désir de cette union  c’est quelqu’un qui feint, et en lui le sacrement n’a pas d’efficacité ». Dans ce cas le sacrement de Pénitence est indispensable avant de communier, et il est regrettable qu’il soit si négligé… Saint Paul lui-même nous le dit : « Si quelqu’un mange ce pain ou boit ce vin indignement, il se rend coupable du corps et du sang du Christ. Que chacun donc s’examine soi-même… Quiconque mange et boit indignement mange et boit son propre jugement ne discernant pas le corps du Christ » 1 Cor. 2,23-39. Puisse cette Fête nous faire prendre conscience de la sainteté de ce sacrement et celle à laquelle nous devons aspirer : c’est une exigence d’amour !

 

Lectures dominicales du 26 Juin 2011