Oct 152016
 

Cette question que s’est poséeJésus est inquiétante et devrait nous faire réfléchir, surtout en ces temps de désarroi et de déchristianisation de la société. Peut-être avait- il prévu un déclin progressif, voir presque une disparition, une apostasie générale de la Foi ? Nous savons que les portes de l’enfer ne pourront pas prévaloir sur l’Église, qui subsistera jusqu’à la fin des temps. Mais, en attendant ce deuxième avènement de Jésus à la Parousie, qui tarde à venir, et bien que Jésus soit toujours parmi nous, la Foi est une flamme qui vacille et a tendance à s’éteindre, car beaucoup de vents contraires soufflent sur elle. Si elle n’est pas entretenue par une vie de prière, un dialogue profond et sincère avec Jésus Christ, notre confiance s’amoindrit, car la faiblesse de notre nature humaine nous incite toujours à tourner le dos à Dieu pour suivre les idoles de ce monde. Perdre la Foi est le plus grand malheur qui puisse nous arriver. Mais alors, cette croissance du règne des Cieux illustrée par les paraboles du grain de sénevé et du levain qui fait lever la pâte, va-t-elle s’arrêter ? Certainement pas ! Peut-être, à la rigueur, en certains endroits et à certaines époques !

Ce que Jésus a dit à ses Apôtres est toujours valable : « Si l’on refuse de vous recevoir et d’écouter vos paroles, sortez de cette maison ou de cette ville en secouant la poussière de vos pieds»(Mt 10,14). Paroles dures aux oreilles contemporaines, car, nous nous sommes habitués à choisir dans l’Évangile ce qui nous arrange et nous rassure, en laissant de côté le reste. Si la lumière de la Foi s’éteint dans un lieu, elle se rallumera dans un autre. A travers les siècles et dans différentes nations, la Foi a eu un développement extraordinaire comme en Afrique du Nord, en Asie Mineure et au Moyen Orient, pour ensuite diminuer, puis quasiment disparaître. Ce fut, certes, en raison de problèmes politiques avec l’Empire Romain d’Orient, des nombreuses hérésies qui avaient préalablement affaibli la Foi, et surtout des invasions qui ont mis fin à des chrétientés florissantes. Il suffit de voir les reproches que Dieu faisait déjà aux évêques des sept églises de l’Apocalypse ! Certains avaient une foi bien faible ! A celui d’Éphèse Dieu dit : « movebo candelabrum… », « j’ôterai ton chandelier de sa place, à moins que tu ne te repentes » (Ap 2,5). Le chandelier qui éclaire, la lumière du monde, c’est notre Foi qui est « la victoire qui a vaincu le monde ! » (1 Jn 5,4). Qu’adviendra-t-il de notre foi ? Cela dépendra de nous, car rien n’est jamais acquis définitivement. Saint Paul dans sa IIe lettre à Timothée dit que : « un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité et détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables» (4,4). Mais en même temps, Jésus nous rassure : « Ne crains point, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le Royaume » (Lc 12,32).

Il y a une autre explication de l’expression « sur terre » (ἐπὶ τῆς γῆς). Selon R. Kittel, dans son Lexique du Nouveau Testament, le terme « terre » n’indiquerait pas le monde, mais la « Terre » par excellence, c’est à dire la Terre Sainte, Israël. En effet, on constate que dans des villes comme Nazareth ou Bethléem, les chrétiens, autrefois majoritaires, semblent disparaître. Quoi qu’il en soit, dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus fait le lien entre la Foi et la prière. Saint Augustin commente ce passage en disant : « S’il manque la Foi, la prière est impossible ; en effet, qui est-ce qui prie Celui en qui il ne croit pas ? Voilà pourquoi le Bienheureux Apôtre Pierre a dit : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur, sera sauvé.»(At 2,21). Et pour démontrer que la Foi est la source de la prière, il ajoute: « Comment invoqueront-ils Celui en qui ils n’ont pas cru ? » (Rm 10,14). La Foi fait jaillir la prière, et la prière, une fois jaillie, obtient la stabilité de la Foi. Pour prier, nous devons donc croire et, pour que notre Foi par laquelle nous prions, ne défaille point, il faut prier. » (Discours 115).

Foi et prière se supposent l’une l’autre, sont interdépendantes l’une de l’autre. Nous avons besoin de cette Foi à chaque instant. « Gratia facit fidem » dit Saint Thomas d’Aquin : « C’est la grâce qui crée la Foi ». La Foi est un don de Dieu, non seulement lorsqu’elle est naissante, mais à chaque instant, « mon juste vivra par la Foi » (Hb 10,38) La Foi est donc quelque chose que l’’on a ou que l’on voudrait avoir, tandis que croire, qui est le verbe de la Foi, est ce que nous faisons pour exprimer cette Foi. Dans son Évangile, Saint Jean n’emploie jamais le mot Foi, mais le verbe croire, car tout ce que nous faisons pour exprimer notre foi nous donne de vivre et d’expérimenter concrètement, chaque jour, ce rapport de confiance entre Dieu et nous, comme entre un père et son enfant. En conclusion, pour ne pas perdre la Foi, il faut toujours prier, sans se lasser. La prière est le combustible indispensable pour alimenter et fortifier notre Foi ; c’est l’huile qui alimente la lampe de notre cœur qui doit brûler d’amour, puisque la charité n’est rien d’autre que la Foi en action. Ainsi notre confiance enDieu sera inébranlable grâce à l’Espérance, sachant que Dieu exaucera nos prières au-delà de tout ce que nous pouvons espérer. Comme Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus nous pourrons dire : « Ô mon Dieu, vous avez dépassé mon attente ! » et moi je veux chanter vos miséricordes.

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 16 octobre