Nov 192011
 

Quelle idée nous faisons-nous du Christ Roi ? Un roi temporel comme l’attendaient les Juifs pour écraser les ennemis d’Israël ? une image héroïque comme celle de St. Louis ? Jésus n’est pas un roi temporel, certes, mais son royaume s’étend aussi ici-bas, car il est la mesure de tout, le monde ayant été créé justement par lui en qui tout est récapitulé. Rien n’échappe donc à sa souveraineté, mais son royaume est essentiellement spirituel. Le Christ Roi de l’univers ? Vaste royaume sans doute, dont les limites nous échappent…mais à quoi servirait au Verbe de Dieu d’être le roi d’une multitude de planètes froides et inhospitalières, qu’il a pourtant créées ? Ou, a quoi lui servirait-il d’être le roi du monde naturel, s’il ne régnait pas sur nos cœurs ?

L’homme est au centre de la pensée de Dieu ! Ezéchiel dit que le Seigneur est le berger de son peuple, il va à la recherche de ses brebis, les fait paître, reposer, mais aussi les juge : étonnant ce roi-berger-juge ! L’Evangile nous parle de ce jugement royal. Il est impressionnant de voir Jésus, alors qu’il s’apprêtait à affronter la suprême humiliation et la mort, annoncer avec assurance ce futur de gloire, et fixer un rendez-vous non seulement à ses disciples, mais à tous les peuples de l’histoire. Tous devront comparaître devant son tribunal de souverain et glorieux juge. Jésus s’attribue à lui-même la fonction de juge, qui dans l’A.T. est réservée à Dieu seul.

Une chose peut-être est difficile à comprendre et que nous trouvons dans la 2ème lecture : Jésus est ressuscité des morts, il est devenu Roi en passant par la mort. Comment comprendre alors une royauté crucifiée, qui jaillit de l’humiliation ? La croix à été pour Jésus l’expérience du plus grand amour pour le Père et les hommes. Mais, qui va faire partie de ce royaume ? Jésus est devenu Roi en raison du don de Lui même à son Père et à l’homme en mourant sur la croix. Il s’est fait « Le prochain » de chacun de nous. Voilà pourquoi Il reçoit directement mon acte d’accueil ou de refus vis à vis d’un frère. Bien entendu, la liste des œuvres de miséricorde en faveur de Jésus-prochain n’est pas exhaustive, mais exemplaire.

Saint Ambroise nous exhorte ainsi: « Puisque personne n’est davantage proche de Celui qui guérit nos blessures, aimons-le comme Seigneur, mais aimons-le aussi comme prochain » : comme prochain nous l’aimons lorsqu’ on le rencontre et le sert dans les autres. Et Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ajoute : « Jésus se cache, s’enveloppe de ténèbres…Il se fait pauvre afin que nous puissions lui faire la charité, il nous tend la main comme un mendiant, afin qu’au jour radieux du jugement, alors qu’il paraîtra dans la gloire, il puisse nous faire entendre ces douces paroles : venez, les bénis de mon Père…(LT 146)

« Regnavit a ligno, Deus », dit la séquence de Pâques : Dieu a régné par le bois (de la croix). Au moment même où devant Pilate Jésus dit être roi, et les insignes humiliants qu’il portait étaient vraiment prophétiques (un roseau comme sceptre, une couronne d’épines et un tissu de pourpre), nous sommes appelés à méditer sur cette étrange royauté, pour arriver à la conviction qu’il ne s’agit pas de vaincre le monde selon des critères humains, mais avec ceux voulus par Jésus Christ. L’Eglise tournée en dérision et les chrétiens persécutés à cause de ce Roi, ne sont que davantage proches et semblables au Christ humilié et en même temps glorieux par la croix. L’Eglise vaincra aussi, mais comme le Christ, par la croix, en aimant et en espérant jusqu’au moment où, après les ténèbres, il y aura la lumière, la victoire définitive.

Peut-être la situation actuelle de l’Eglise nous aide à comprendre la royauté du Christ. Purifiée des scories de l’histoire et de toute idéologie, elle est parée des mêmes insignes du Christ devant Pilate, mais, comme le Christ, elle témoigne au monde de la Vérité. Jésus, Maître de l’Histoire, à déjà vaincu le monde, mais non pas comme on l’imagine…Si son royaume n’est pas de ce monde, nous sommes néanmoins tous appelés à régner avec lui !

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 20 novembre 2011