Mai 092014
 

A l’époque de Jésus on méprise les bergers. Même si on a besoin de lait, de laine et de viande. Ils ne peuvent pas respecter les horaires de prière et la propreté rituelle. Ils ont les mains sales, impures. Chez nous aussi la littérature parle de brebis galeuses, de moutons tondus, de moutons délateurs ou bêlant, sans parler de ceux de Panurge. Notre Evangile aujourd’hui parle d’un berger et d’un troupeau qui n’existent pas. On ne peut pas imaginer ce berger menant ses brebis au boucher. Qui ne veut aucun salaire. Qui n’enferme pas le troupeau mais ouvre les portes et marche devant. Qui risque sa vie pour les défendre.

Les pharisiens comprennent très bien et ils sont choqués. Bien sûr il y a toujours eu des chefs qui exploitent les hommes comme un troupeau avec des chiens pour faire obéir. Mais Jésus ne critique pas seulement cette situation. Il semble dire que Dieu lui même est ce berger dont il raconte l’étrangeté. Les pharisiens sont choqués. Ils ont une très haute idée de l’autorité, de la royauté de Dieu, de la distance infinie entre lui et nous. En cela ils ont raison et sont très respectables. Mais faut-il comprendre aussi que Dieu est tout près de nous au point de nous connaître chacun nous écouter et nous parler, nous ouvrir lui même la porte, marcher devant nous et nous protéger.

Il s’agit bien d’une autre image de Dieu mais celle là devient inséparable de Jésus dans le peuple de Dieu. Il s’agit de l’Église. Saint Paul comparait l’Église à un corps humain où les organes ne gardent leur unité et leur vitalité que par la tête. Matthieu préférait l’image de la maison avec les pièces différentes mais qui est solidement construite sur le roc. Le 4ème Évangile choisit une autre image. Un troupeau qui quitte la bergerie pour suivre son berger sur un chemin de liberté, une mise en route vers un tout autre pâturage. Ce Dieu berger ouvrant notre prison –et nous tenant par la main – pour nous montrer la route.

Il y plus insolite encore : ce berger se considère comme un agneau. L’agneau qui doit être mangé au repas de Pâque. Le berger prend la place de ce qui est le plus petit, le plus fragile, le plus perdu dans le troupeau. Le berger devient nourriture (le péché est peut être de ne pas se laisser manger par les autres ?). Nous sommes devant cette unité étonnante entre la nourriture et celui qui est nourri. Celui qui accepte de perdre sa vie pour donner sa vie.

Mais Saint Jean dans son Evangile n’a pas été satisfait de cette image du berger. Et il va imaginer une nouvelle image de l’Église : Une vigne dont nous sommes les sarments. Quand la sève de Jésus n’arrive plus nous sommes morts. Il faut couper, brûler les branches mortes. Il faut une purification une conversion continuelle. C’est ainsi que les différentes images de l’Église (le corps, la maison, le berger, la vigne), se complètent mais n’épuisent pas toute la richesse du peuple de Dieu.

Dans toutes ces images il y a un seul Maître et Seigneur. Le Berger reste dans la suprême puissance de Dieu. Mais il prend le parti des pauvres prisonniers que nous sommes. Il ouvre une porte entre Dieu et sa création. Il nous rend capables de passer par cette porte ; il est lui même cette porte. Nous devons passer à travers Jésus pour aller vers Dieu. Alors nous sommes ce Corps de l’Eglise qui agit et grandit dans l’unité d’un même sang.

Nous sommes la maison que Dieu peuple de sa propre famille. Nous sommes ce troupeau dont le berger est la seule unité. Et nous sommes cette vigne nouvelle dont la vendange sera la merveille de la fin du monde. Les évêques et le pape même, s’ils tiennent comme Jésus le bâton du berger, ne sont que les pauvres serviteurs du berger. S’ils veulent ressembler à Jésus ils doivent être ceux qui ouvrent les portes et marchent devant et ils peuvent être – et nous aussi – l’Agneau immolé.

Abbé Georges PÉRIÉ

Lectures dominicales du 11 mai