Mai 062017
 

A l’époque de Jésus on méprise les bergers. Même si on a besoin de lait, de laine et de viande. Ils ne peuvent pas respecter les horaires de prière et la propreté rituelle. Ils sont impurs. Chez nous aussi la littérature parle de brebis galeuses, de moutons bêlants. Notre Evangile d’aujourd’hui parle d’un berger et d’un troupeau qui n’existent pas. On ne peut pas imaginer ce berger menant ses brebis à l’abattoir, et qui ne veut aucun salaire. Ce berger ci n’enferme pas le troupeau mais ouvre les portes et marche devant lui. Il risque sa vie pour les défendre.

Les pharisiens comprennent très bien et sont choqués. Mais Jésus ne critique pas. Il semble dire que Dieu lui même est ce berger dont il raconte l’étrangeté. Les pharisiens ont une très haute idée, de la royauté de Dieu, de la distance infinie entre lui et nous. En cela, ils ont raison et sont très respectables. Mais il faut comprendre aussi que Dieu est tout près de nous au point de nous connaître chacun, nous ouvrir lui même la porte, marcher devant nous et nous protéger.

Il s’agit bien d’une autre image de Dieu inséparable de Jésus. Il s’agit de l’Eglise que Saint Paul comparait à un corps humain où les organes ne gardent leur unité et leur vitalité que par la tête. Le 4ème Evangile décrit un troupeau qui quitte la bergerie pour suivre son berger sur un chemin de liberté, en route vers un tout autre pâturage.

Il y a plus insolite encore : ce berger se considère comme un agneau, qui doit être mangé à Pâques. Le berger devient nourriture. Nous sommes devant cette unité étonnante entre la nourriture et celui qui est nourri. Celui qui accepte de perdre sa vie pour la donner.

Mais Jésus nous donne encore une nouvelle image de l’Eglise : Une vigne dont nous sommes les sarments. Quand la sève de Jésus n’arrive plus, nous sommes morts. Il faut une conversion continuelle. Les différentes images de l’Eglise (le corps, la maison, le berger, la vigne) se complètent mais n’épuisent pas toute la richesse du peuple de Dieu.

Jésus prend le parti des pauvres prisonniers que nous sommes. Il ouvre une porte entre Dieu et sa création; il est lui-même cette porte. Nous devons passer à travers Lui pour aller à Dieu.

Nous sommes ce troupeau dont le berger est la seule unité. Nous sommes cette vigne nouvelle dont la vendange sera la merveille de la fin du monde. Même, s’ils tiennent comme Jésus le bâton du berger, les évêques et le pape, ne sont que les pauvres serviteurs du berger. S’ils veulent ressembler à Jésus ils doivent être ceux qui ouvrent les portes et marchent devant et ils peuvent être – et nous aussi – des agneaux immolés.

Abbé Georges Périé

Lectures dominicales du 7 mai