Avr 302016
 

La paix que Jésus nous donne n’est pas un banal souhait de bonheur humain ou de prospérité matérielle comme ces vœux, souvent si creux, que nous échangeons au seuil du nouvel an, mais c’est la promesse d’une paix intérieure, profonde, née de la présence de Dieu en nous, c’est-à-dire de l’intimité que nous contractons avec Lui qui vit en nous par Sa grâce. Cette paix n’est pas non plus l’absence de guerre ou seulement la loi du plus fort qui impose son pouvoir en faisant taire toute rébellion. D’ailleurs, selon les mots d’un poète chrétien, « ce n’est pas la guerre que le Christ est venu détruire, mais la paix qu’il est venu surajouter », cette paix de Pâques qui suit la victoire définitive sur la mort et le péché. Et quand la tristesse fond sur les disciples qui vont être séparés de leur maître, Jésus les rassure, « je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix. » Cette paix n’est ainsi plus liée à sa présence terrestre mais à sa victoire qu’il va pouvoir étendre à l’humanité tout entière en remontant vers le Père. Ainsi, la paix sur la terre ne saurait être trouvée sans le souci de conformer l’ordre humain à l’ordre divin. A l’exemple du cosmos et de son harmonie, l’homme doit rechercher ce qui convient le mieux à sa nature raisonnable, celle qu’a voulue le créateur à son égard.

Comme l’a affirmé le Concile Vatican II, la paix est « le fruit d’un ordre qui a été implanté dans la société humaine par son divin Fondateur, et qui doit être mené à la réalisation par des hommes aspirant sans cesse à une justice plus parfaite ». Depuis plus de quinze siècles, dans l’Église catholique retentit l’enseignement de saint Augustin, qui nous a rappelé que la paix qu’il faut viser avec la coopération de tous consiste dans la tranquillitas ordinis, dans la tranquillité de l’ordre (cf. De civitate Dei, 19, 13). Le saint Pape Jean XXIII dans son encyclique Pacem in terris identifia les conditions essentielles de la paix, à savoir les quatre exigences précises de l’esprit humain: la vérité, la justice, l’amour et la liberté. La vérité, disait-il, constituera le fondement de la paix si tout homme prend conscience avec honnêteté que, en plus de ses droits, il a aussi des devoirs envers autrui. La justice édifiera la paix si chacun respecte concrètement les droits d’autrui et s’efforce d’accomplir pleinement ses devoirs envers les autres. L’amour sera ferment de paix si les personnes considèrent les besoins des autres comme les leurs propres et partagent avec les autres ce qu’elles possèdent, à commencer par les valeurs de l’esprit. Enfin, la liberté nourrira la paix et lui fera porter du fruit si, dans le choix des moyens pris pour y parvenir, les individus suivent la raison et assument avec courage la responsabilité de leurs actes.

Et puis, à la paix est associée la joie ; non pas n’importe quelle joie, mais celle qui, nous faisant participer à la Joie divine, nous fait comprendre la projet de Salut de Dieu sur le monde et nous nous y fait entrer activement, avec enthousiasme, au sens étymologique premier de ce mot. Ainsi ferme dans l’Espérance qui lui fait contempler la Jérusalem céleste du livre de l’Apocalypse, le chrétien aspire à réaliser la béatitude donnée par le Christ, « heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu ».

Abbé Alexis de MONTS

Lectures dominicales du 1er Mai