Mar 132015
 

L’amour de Dieu pour les hommes : c’est la substance même de l’Évangile, la raison pour laquelle son annonce produit la joie. Ce dimanche est en effet celui qu’on appelle  Lætare en raison de l’antienne d’ouverture tirée du prophète Isaïe : «  Réjouissez-vous avec Jérusalem » (Is 66,10). Le thème général de la liturgie est donc la joie à l’approche des fêtes de Pâques, et donc de l’accomplissement de notre Rédemption : voilà pourquoi le violet se change en rose. Lorsqu’on parle d’amour de Dieu, j’ai l’impression qu’on est perplexe, voir dubitatif. Certains voudraient même apprendre à Dieu comment aimer les hommes, en oubliant qu’aucun homme n’est créé si ce n’est pour être sauvé, parce qu’aimé de toute éternité. Nous sommes rendus capables d’aimer Dieu seulement en réponse a Celui qui, le premier, nous a aimés. C’est le discours de Jésus à Nicodème : « Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique…». Mais il ne s’agit pas d’une considération abstraite de la charité de Dieu ; celle-ci a manifesté son apogée à travers un évènement historique concret: la mort du Fils de Dieu sur la croix, excès de cet amour incommensurable au-delà duquel rien de plus grand n’est pensable.

C’est le monde entier qui est aimé du Père, pas seulement quelques uns parmi les hommes. Ici, « le monde » n’est pas synonyme de péché comme on le trouve souvent dans St. Jean, mais fait référence à toute l’humanité, c’est-à-dire à chacun de nous, qui avons auprès de nous, dès le début de notre existence et précédant tout mérite de notre part, le Fils de Dieu, qui s’est offert pour nous, pour toujours, sans rétractation ni regret. Cela veut dire que le sacrifice de la croix est présent avec toute sa force de Rédemption, en tout temps et en tout lieu. En faisant l’exégèse de ce passage, St. Thomas d’Aquin dit ceci : « Dieu et son amour est à l’origine de tous nos biens. L’amour de Dieu est la cause des biens naturels, des biens de la grâce, comme celui de la gloire éternelle qui nous attend. Que cet amour soit le plus grand, on peut le constater en considérant qui est la personne qui nous aime, c’est-à-dire Dieu, et qui le fait d’une manière immense ; Celui qui est aimé est l’homme, un pécheur ingrat ; Quel est ce don qui vient de Dieu ? C’est son Fils, qui est le don le plus grand, donné comme signe d’une charité incommensurable. Son fruit est la vie éternelle, que le Fils de Dieu nous a acquis par sa mort en croix…Celui qui contemplait le serpent de bronze était libéré du venin et avait la vie sauve. Maintenant, celui qui croit en Jésus crucifié, contemple le Fils de l’homme élevé, ainsi il est délivré du poison du péché et est préservé pour la vie éternelle ».

Mais chacun doit se poser cette question : vers qui suis-je tourné ? Vers la lumière ou vers les ténèbres ? Tout comme Israël jadis, nous sommes dans le désert de ce monde, et ce temps de Carême ne nous fait que ressentir davantage cette lutte intérieure entre la lumière et les ténèbres, le bien et le mal. Le Carême va donc au-delà des petits sacrifices que nous faisons avec tant de mal, mais doit nous faire réfléchir sur le sens de notre vie, sur notre destinée éternelle, et nous positionner dans la lumière. La plupart des hommes, au lieu de montrer leurs plaies et leurs misères à Jésus Crucifié pour être sauvés, se complaisent dans leur déchéance. C’est le mal qui est élevé, exhibé, publicisé, aujourd’hui plus que jamais. Pis encore, il est emphatisé, exalté, suggéré, honoré même : le vice est mis en lumière, alors que la vérité et le bien sont mis en sourdine, condamnés à être cachés dans les ténèbres, comme des choses honteuses. Il semble que la pudeur et la honte se soient transférées dans le camp du bien, comme si on avait peur de ne pas faire comme les autres. Sur ce point, les jeunes sont les plus vulnérables. Le « serpent » qu’on élève aujourd’hui comme un trophée est le serpent antique, celui qui, dès le début, a été homicide, dit Jésus. Voici ce que dit St. Paul « Car il en est plusieurs qui marchent en ennemis de la croix du Christ…leur fin sera la perdition ; Ils ont pour dieu leur ventre, ils mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ». (Ep 3,18-19). Nous sommes arrivés à une inversion totale de ce que nous a enseigné Jésus.

Dans cette lutte universelle entre le bien et le mal il n’est pas permis d’être neutre : «  Qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne récolte pas avec moi, dissipe » (Mt 12,30). Certes, Jésus n’est pas venu dans le monde pour le condamner, mais pour le sauver. Mais, qu’en est-il de ceux qui préfèrent les ténèbres ? Dieu sauve toujours ; C’est nous qui, en refusant Jésus, nous excluons nous-mêmes du salut, en portant le jugement au dedans de nous. Tout acte que nous faisons est rédemption ou jugement, selon l’accueil ou le refus que nous faisons de la Croix du Christ. Chaque action est préférence des ténèbres ou choix de la lumière ; fidélité et consentement à la Vérité – on est alors dans la Lumière qu’est le Verbe incarné, crucifié et ressuscité d’entre les morts – ou bien haine de la Lumière qui est une Personne : Jésus Christ ! Notre « jugement » se fait chaque jour, avec les paramètres de Dieu et non pas les nôtres. Voici quelques réflexions sur le Carême tirées de l’évangile de ce dimanche. Comme l’enfant prodigue en train de nourrir les pourceaux, ressaisissons-nous, revenons en nous-mêmes, ou plutôt vers Dieu, car il est un Père très aimant qui nous attend les bras ouverts.

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 15 Mars