Fév 142014
 

Si l’on s’attendait avec Jésus à un bouleversement radical de la loi divine, il semble que nous en soyons pour nos frais. « Ne pensez pas que je suis venu abolir la loi ou les prophètes », nous déclare-t-il avec force. Car il n’est pas venu faire du passé table rase mais bien donner à tout ce qui avait été annoncé sa fin ultime : « je ne suis pas venu abolir mais accomplir ». De la sorte tout ce qui pouvait être interprété dans la loi de Moïse comme relevant d’une loi extrinsèque, ou comme d’un commandement purement formel se trouve comme intériorisé dans un mouvement irrésistible.

La venue du Seigneur fait passer toute la vie humaine à un niveau supérieur jamais atteint jusqu’alors. Mais en contrepartie elle exige d’elle un agir pour lequel ses forces semblent totalement incapables. Car le Royaume des cieux n’est pas de l’ordre de l’homme mais de Dieu. Et l’horizon humain est sans commune mesure avec l’infini divin qui lui est proposé. Voilà pourquoi si la loi n’est pas abolie, elle doit cependant être transfigurée. Les béatitudes nous en avaient déjà donné un avant goût. On aurait pu penser qu’elles constituaient un idéal merveilleux que le Seigneur nous laissait là comme une utopie sympathique mais ayant la saveur d’un rêve irréaliste que Dieu montrait à l’homme pour le bien faire dormir.

Qui plus est, l’injonction de dimanche dernier à faire des disciples le sel de la terre et la lumière du monde pouvait encore laisser supposer que tout cela pouvait être une façon de parler et qu’après tout, certains mettent plus de sel que d’autres dans leurs aliments sans s’en porter moins mal et que la lumière était plus ou moins supportable suivant les saisons et les lieux. Bref que tout ce discours était à relativiser.

C’était sans compter avec la suite du discours sur la montagne. Jésus se fait ici le nouveau législateur universel dépositaire de l’autorité divine. Et ceci sans aucune ambiguïté possible : « Vous avez appris, et bien moi je vous dis ». Cette loi nouvelle invite alors les hommes à non seulement ne plus faire de péchés, mais encore ne plus les désirer. « Tout homme qui regarde une femme et la désire, a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur ». Cela signifie concrètement qu’il convient de retrouver cette innocence originelle que Dieu avait mise dans le cœur de l’homme dès sa création, d’essayer de regarder les autres avec les yeux de Dieu, de pardonner aux autres avec la charité divine, d’aimer son prochain comme soi-même pour l’amour de Dieu. Cela paraît exigeant et même impossible.

Et pourtant si cela est bien en effet impossible à l’homme, rien n’est impossible à Dieu. C’est saint Paul qui nous le déclare, « je peux tout en celui qui me fortifie ». Et cette Sagesse de Dieu qui n’était pas encore monté dans le cœur de l’homme c’est à nous, nous dit il encore, qu’elle a été révélée. Mais sans l’Esprit pour nous la faire comprendre sans la recréation qu’il opère en faisant de nous des enfants de Dieu, rien de ce que le Seigneur nous dit aujourd’hui n’est possible.

Abbé Alexis de Monts

Lectures dominicales du 16 février