Jan 022015
 

Qui sont ces mystérieux mages de cette grande Fête de l’Epiphanie ? Certainement pas ces astrologues qui sévissent encore aujourd’hui et qui par leurs prédictions hasardeuses ne font que nous rappeler que l’homme est perdu sans l’étoile céleste pour les guider. Plus sûrement pouvons nous voir dans ces mages des savants éminents qui par toute leur vie ont désiré ardemment parvenir à la sagesse véritable. Nous aimerions les voir en disciples d’Aristote, de Confucius ou de ces anciens, récipiendaires de toute la sagesse africaine parvenus au bout de leurs recherches humaines et encore cependant insatisfaits devant les limites et la finitude d’un tel savoir. Ce sont là comme ce que les Pères de l’Eglise appelaient les semina verbi, les semences du Verbe Eternel jetées ça et là et attendant d’être fécondées par la rosée céleste de la Parole faite chair.

Ces mages représentent ainsi à la fois toute la recherche humaine dans ce qu’elle a de plus grand et de plus édifient, mais en même temps toute l’attente d’une humanité en quête de sens, c’est-à-dire de direction et de signification. Il nous plaît de les comparer à tous ces chercheurs et scientifiques qui nous entourent coincés, comme disait Pascal, entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Ils ne pourront trouver une réponse à leurs problèmes et à leurs recherches que s’ils ouvrent leur cœur à la possibilité d’un Logos, du Verbe Divin venant donner sens à l’homme et à tous le cosmos. Pour cela il leur faut cependant trouver leur étoile, cet événement lumineux qui les fera quitter leur certitude humaine et souvent trop humaine pour les mener vers Celui qui est le Sage par excellence, le scientifique par antonomase, celui par qui tout a été fait et sans qui rien ne fut. Ainsi, loin de devoir dégénérer en religion positiviste et disciple d’un Auguste Comte ayant évacué tout ce qui peut expliquer ce qui nous entoure, le scientifique, ce mage des temps moderne doit certes continuer l’œuvre divine en essayant de nommer le réel comme cela lui fut assigné par Dieu dans la Genèse mais en le replaçant toujours dans l’univers créé dans sa dépendance radicale vis-à-vis du créateur.  Il en va de même pour tout notre travail, pour toute notre recherche. Sans mépriser ce que l’esprit humain peut apporter, l’homme allant jusqu’au bout de sa raison doit s’incliner à l’exemple de Melchior, Gaspard et Balthazar devant ce qui est plus haut qu’elle, Celui qui la dépasse infiniment. C’est à ce moment que la foi prend le relais de la raison. Non en allant contre elle cependant, mais en lui donnant la possibilité d’aller là où ses lumières naturelles n’ont plus accès, là où réside Dieu.

Cette démarche n’est hélas pas facile. Car pour ceux qui ont atteint les Everest de l’intelligence et de la complexité, il ne va pas de soi de s’abandonner devant la simplicité désarmante d’un Dieu devenu petit enfant. Ainsi, à la grande science des mages, faut-il leur rajouter non seulement la foi mais aussi l’humilité, cette vertu indispensable à l’accueil de Celui qui seul est. Leur foi les fait s’agenouiller devant le Fils Eternel et leur fait découvrir que pour eux, Celui qui gazouille dans sa mangeoire est le Roi des rois à qui est dû tout l’or du monde. Qu’il est ce Dieu fait homme à qui seul l’encens est offert mais qu’il est ce Dieu avec nous, cet Emmanuel, qui prendra nos péchés et mourra sur la Croix afin de nous sauver et dont le corps sera oint de myrrhe quand il sera enseveli au tombeau. Voilà ce a quoi aboutit toute la Sagesse du monde fécondée par celle de Dieu, cette sagesse pourtant folie pour les païens et scandale pour les juifs. Une fois cela compris et vécu, on ne peut plus rentrer par le même chemin, car le Christ qui est venu dans le monde illumine alors ceux qui l’ont reçu.

Abbé Alexis de Monts

Lectures dominicales du 4 Janvier