Mai 272016
 

Cette phrase du Psaume 33 pourrait assurément résonner comme une invitation à l’eucharistie et comme une de ses meilleures définitions : Dieu qui se donne à voir et à manger dans le Saint Sacrement de l’Autel. Mais ceci ne va pas de soi car depuis le drame du péché originel et de la chute de nos premiers parents qui les privait de la vision divine, Dieu se cachait. Il se cachait tout d’abord à travers sa création, laissant seulement à l’homme la possibilité de s’élever des créatures jusqu’au Créateur. Mais sa présence demeurait encore comme voilée sous le lourd manteau de la nature. Seuls quelques privilégiés de l’Ancien Testament avaient été en mesure de le regarder sans pouvoir encore s’en délecter vraiment. Lorsqu’Il parut pour sauver le monde par son incarnation, Il s’est en quelque sorte plus caché encore en se revêtant de notre humanité. Pour finir, Il a voulu comme le dit Pascal « accomplir la promesse qu’il fit à ses apôtres de demeurer avec les hommes jusqu’à son dernier avènement ; il a choisi d’y demeurer dans le plus étrange et le plus obscur secret de tous, qui sont les espèces de l’eucharistie : Véritablement tu es un Dieu caché. C’est là le dernier secret où il peut être ».». Après trois cents ans, Pascal faisait ainsi écho à une strophe de l’Adoro te :

Sur la croix, se cachait ta seule divinité,
Mais ici, en même temps, se cache aussi ton humanité. Toutes les deux, cependant, je les crois et les confesse, Je demande ce qu’a demandé le larron pénitent.

Mais cependant, le vieux rêve de l’homme se trouvait enfin réalisé, il pouvait voir et goûter Dieu ; non pas selon ses désirs, mais selon l’ordonnancement divin qui visait à ne pas l’effrayer par l’éclat insoutenable de sa majesté ; qui saurait à la fois combler ses sens tout en les dépouillant de ses certitudes ; qui saurait nourrir son intelligence tout en l’obligeant à se livrer à la foi qui la dépasse et la complète. Car Paradoxe suprême, Dieu accorde au fidèle de le recevoir comme nourriture tout en lui demandant de l’adorer comme son Dieu. Et de fait, nous le voyons, nous y goûtons et tout cela fait que nous vivons déjà de ce que nous aurons dans l’éternité bienheureuse. Ainsi, si notre foi en sa Parole n’est pas un vain sentiment, nous irons près de lui, et il viendra chez nous. Nous ne pouvons espérer de participer sans cesse aux fruits de la rédemption du Seigneur que si cette attitude de respect et d’adoration pénètre profondément notre âme. De la Sorte, notre âme deviendra réellement le sanctuaire de la Parole divine, le ciel déjà perçu et vécu mais il n’y a que la foi pour comprendre ces merveilles : il est grand le mystère de la foi.

Abbé Alexis de MONTS

Lectures dominicales du 29 Mai