Jan 152016
 

Après les fêtes de Noël, on a toujours un peu de vague à l’âme en considérant le temps qui passe, mais, tant mieux, elle favorise l’inspiration. L’hiver est en effet propice à rentrer en soi-même, à la méditation, voici pourquoi mon édito revêtira un ton plus intimiste et personnel, afin de proposer quelques considérations de début d’année, mi facétieuses, mi sérieuses. Hélas, aujourd’hui, même les hivers ont changé, ils ne sont plus comme ceux d’antan, la nature ne semble plus s’endormir pour se réveiller peu à peu à la timide tiédeur de mars, car, désormais, ce mois est glacial… La nature semble détraquée, l’homme l’est davantage…

On me dit souvent que nous vivons une époque formidable, grisante même, soit ! Que de batailles à mener, que de « challenges » (quel horrible mot !). Il n’empêche que, face à un monde devenu fou, (plus que d’habitude, j’entends), j’ai parfois envie de sortir de la mêlée et de prendre du recul, non pas pour fuir la réalité, mais pour m’en protéger. Oui, laissez-moi rêver un peu. Est-ce normal ? Pourtant l’imagination est l’une des facultés les plus importantes de l’enfant, pourquoi l’adulte en serait-il exempt ? L’homme lui-même, a été en quelque sorte le « rêve » de Dieu, mais combien de déceptions a-t-il dû lui donner ! Et, malgré tout, Il continue à nous aimer. Il n’y a que Dieu qui puisse parier sur l’homme. En ce qui me concerne, il a fait un pari hasardeux, mais il est Tout-Puissant et sa grâce peut transformer le cœur de l’homme ; Pas encore assez, me direz-vous ! Oui, j’en conviens, mais il ne faut pas désespérer et savoir sourire. Aujourd’hui, le monde moderne nous montre plutôt les cauchemars engendrés par des esprits malades, alors, laissez-moi à mes rêves !

« La vie est un songe », c’est le titre d’une pièce de Pedro Calderón de la Barca (1600- 1681), poète espagnol, entré dans les ordres sur le tard, et devenu chapelain de Philippe III. Elle propose une réflexion sur l’illusion et la réalité : un lointain souvenir de collège qui avait frappé mon imagination d’adolescent. La réalité, la vraie, est celle qui se trouve au-delà du rideau, mais la scène se refermera un jour, « car elle passe, la figure de ce monde » (I Cr 7,31). La vie est une sorte de comédie, souvent c’est une tragédie, où chacun joue un rôle, vrai ou factice, mais cette vie vaut une éternité. Contrairement à ce monde fallacieux, Dieu est ce qu’il y a de plus réel ! Certains événements dramatiques, comme les récents attentats, nous font réveiller de notre rêve insouciant et nous font plonger dans la réalité. Ces gens, pensaient-ils qu’ils allaient comparaître de sitôt devant Dieu ? L’année 2015 avait mal commencé et s’est mal terminée, on ne la regrettera sans doute pas! Deux mille seize ne risque guère d’être meilleur, comme dit l’expression aristotélicienne, motus in fine velocior , une action en s’approchant de sa fin court plus vite. Il en est de même pour notre société en plein désarroi et déliquescence, tout va de plus en plus vite. Pendant les fêtes, il semble qu’il y ait eu un symptôme inquiétant et nouveau, jamais autant de crèches n’avaient été vandalisées ou brûlées en France, en Espagne et en Italie. En ce dernier pays, on a même pendu l’Enfant Jésus. C’est une société qui se suicide. Le 30 décembre, près de Rome, on a remplacé l’Enfant par un âne. Cela me fait penser au graffiti dit d’Alexamène (Ier-IIIe s.), conservé à l’Antiquarium du Palatin à Rome, et que les archéologues ont interprété comme un dénigrement envers les Chrétiens. C’est un « Carolininus Hebdomadarius » avant la lettre en somme, vous avez compris à quel triste journal je fais allusion, n’est-ce pas ?

À l’époque, il n’y avait pas seulement liberté de blasphème vis-vis des Chrétiens, on les condamnait ad bestias. Le graffiti représente un homme crucifié à la tête d’âne, adoré par un homme au pied de la croix. Une inscription grecque dit : Aléxamène adore [son] Dieu (Αλεξαμενος ςεβετε θεον), en accusant les chrétiens d’onolâtrie (ὄνος / ónos, âne), d’adorer les ânes. Le culte de cet animal se pratiquait dans l’Antiquité, surtout en Égypte. Il me semble revenir aux premiers siècles, lorsque les païens taxaient avec mépris les Chrétiens d’être asini portantes mysteria. Qu’opposons-nous au nihilisme et à la barbarie de toutes sortes ? Le relativisme et la gaieté parisienne avec sa « civilisation des bistrots », comme l’a affirmé récemment un fameux intellectuel ? C’est un peu faiblard ! « Les civilisations meurent par suicide, non par meurtre. » dit l’historien britannique Arnold Joseph Toynbee. Nous y sommes en plein. En qui espérons-nous ? En l’humanité ? L’Écriture dit : « maudit soit l’homme qui se confie en l’homme, qui fait de la chair son bras, et dont le cœur se retire de Dieu » (Jer. 17,5). La une d’un journal satirique, bien connu depuis que sa rédaction a été massacrée, présente la caricature d’un Dieu à l’allure vaguement chrétienne, avec le triangle sur la tête, avec ces mots : « Un an après, l’assassin court toujours ! ». Oui, ils ont raison de s’en prendre aux Chrétiens, car ils ont bon dos et eux, au moins, sont plutôt cool. En réfléchissant, nous, nous ne sommes pas si mal que cela, arrêtons donc de nous culpabiliser sur tout. Certes, nous avons, nous aussi, notre quota d’ânes, mais, l’ânerie et ses onolâtres, sont légions dans les médias, et ailleurs ; « Le braiment de l’âne ne monte pas au ciel », dit un proverbe italien. Je ne peux pas terminer, sans demander pardon aux ânes, ces animaux intelligents et amis de l’homme, eux, ils n’y sont pour rien. Alors, dormez tranquilles bonnes gens, tout va très bien et les soldes sont arrivées : la consommation va reprendre ; bref, le bonheur ! Mais, quel sens donnons- nous à notre vie ? Ainsi s’acheva 2015 : bienvenus en 2016 ! Il nous reste toujours l’Espérance! Oui, mais en qui ? Moi, je sais en qui j’ai mis ma confiance, et je ne serai pas déçu.

Don Carlo CECCHIN

Lectures dominicales du 17 Janvier