Déc 142018
 

Dans toute attente, il y a toujours une certaine anxiété, car, malgré l’espérance qui la soutient, ily a aussi la crainte qu’elle puisse être vaine. Mais, l’attente du Seigneur n’est jamais vaine, car ilest fidèle à ses promesses, et sa venue ne peut pas être la cause de mauvaises surprises. Nous devons plutôt nous demander si nous sommes prêts à l’accueillir, à aller à sa rencontre…

 La liturgie de ce troisième dimanche de l’Avent veut justement nous rassurer, et s’ouvre par cette invitation tirée de la lettre aux Philippiens (4,4-5), à ne pas s’attrister, mais, au contraire, à nous réjouir par la proximité du Seigneur qui vient combler notre âme de joie : « soyez dans la joie, le Seigneur est proche ! ». La joie, oui, parlons-en ! Beaucoup me disent qu’à l’approche de Noël, ils sont tristes, sans savoir vraiment pourquoi, chose que je ressens parfois aussi. Pour certains,il y a des raisons bien réelles comme la solitude, la pauvreté, la maladie, la vieillesse. Souvent,cela se mêle à des raisons morales, comme par exemple les souvenirs, joyeux et tristes à la fois,d’un passé révolu, la nostalgie du temps passé ayant emporté les êtres aimés, la douceur de l’enfance comme une innocence perdue à jamais. Personnellement, comment oublierais-je les Noëls de mon enfance, si simples et modestes avec un ordinaire à peine amélioré et la chaleur moite d’une cuisinière à bois où chauffait toujours de l’eau qui faisait ruisseler les vitres couvertes de buée. Et pourtant nous étions joyeux ! Oui, parce qu’il y a un imaginaire de Noël, une atmosphère, une chaleur, un parfum, des sensations, une joie venant de la tendresse du Fils de Dieu fait homme, une présence qui se fait proche de nous, un signe qui va révéler les pensées intimes de beaucoup de cœurs, comme l’avait prophétisé le vieillard Siméon (Lc 2,33-35), mais aussi signe de contradiction. Il est étrange que ces signes de « contradiction » se voient plus à Noël qu’à Pâques. La crèche de l’Enfant-Dieu semble plus dérangeante que le tombeau vide du Christ Ressuscité, pourtant signe définitif de la victoire de Jésus sur le péché et sur la mort. Oui,la crèche dérange, on l’interdit, on la décrie. Même les prêtres s’y mettent, comme ce prêtre italien dit « engagé » qui a soulevé un tollé général il y a quelques jours en affirmant qu’il ne fallait pas faire la crèche par respect pour l’Évangile et pour les pauvres ! Comprenne qui pourra ! En revanche, toujours en Italie, une fillette de 10 ans a courageusement fait une pétition dans sa classe parce que le nom de Jésus avait été supprimé dans un chant de Noël. Elle a eu gain de cause.

On comprend un peu plus pourquoi le Royaume de Dieu appartient à ceux qui ressemblent à des enfants. On peut considérer Noël comme une fête familiale, sentimentale, solidaire, commerciale ou gourmande : mais pourquoi faire la fête ? Hélas, Jésus en est le grand oublié, mais cet échange de cadeaux, même entre non-croyants, rappelle indirectement, inconsciemment ce « Don » que Dieu a fait de son Fils à l’humanité toute-entière. A Noël, ce n’est plus Dieu qui, dans l’Ancien Testament, établit une relation avec les hommes, mais Dieu qui se rend présent, visible, humain,par son Fils incarné. Vertigineux !

Pourtant, si malgré tout Dieu permet des moments de désolation les jours de joie, il faut accepter ce que Dieu permet et trouver la « joie » et la « paix » en se conformant totalement à sa divine volonté. Il est alors possible que pendant les fêtes de Noël, nous puissions ressentir une certaine tristesse, nous soyons éprouvés, désolés, mais cela ne nous empêche pas d’être joyeux. Oui, en acceptant cet état d’âme et en l’offrant à Dieu, nous faisons sa joie et la nôtre. D’ailleurs, quelle est la vraie joie chrétienne ? Ce n’est pas l’alternative à toute souffrance, mais l’alternative au désespoir qui est de souffrir sans pouvoir donner de sens à ce qu’on vit et de ne pas pouvoir offrir ses souffrances, ses angoisses ou ses soucis à Dieu. Je prends comme exemple la Sainte Famille.Quelle créature était plus tournée, abandonnée en Dieu que la Sainte Vierge ? Marie est la figure centrale de l’Avent, toujours présente et pourtant si effacée dans son humilité. Qui pourra jamais imaginer ses sentiments, la joie intime de son Cœur Immaculé, alors qu’elle méditait les paroles de l’Ange ou le Magnificat, portait Jésus dans son sein à travers les contrées de Galilée et de Judée, ou le donnait au monde le jour de sa naissance ?

acceptant cet état d’âme et en l’offrant à Dieu, nous faisons sa joie et la nôtre. D’ailleurs, quelle est la vraie joie chrétienne ? Ce n’est pas l’alternative à toute souffrance, mais l’alternative au désespoir qui est de souffrir sans pouvoir donner de sens à ce qu’on vit et de ne pas pouvoir offrir ses souffrances, ses angoisses ou ses soucis à Dieu. Je prends comme exemple la Sainte Famille.Quelle créature était plus tournée, abandonnée en Dieu que la Sainte Vierge ? Marie est la figure centrale de l’Avent, toujours présente et pourtant si effacée dans son humilité. Qui pourra jamais imaginer ses sentiments, la joie intime de son Cœur Immaculé, alors qu’elle méditait les paroles de l’Ange ou le Magnificat, portait Jésus dans son sein à travers les contrées de Galilée et de Judée, ou le donnait au monde le jour de sa naissance ?

Mais, comme toute maman, elle aussi a dû se faire des soucis, ne serait-ce que pour l’intendance– les anges n’étaient pas là pour l’assister dans ses tâches ménagères ou pour chanter une berceuse- ou pour l’aider au milieu de la nuit pour sauver l’Enfant des mains d’Hérode ou lors de la perte de Jésus à Jérusalem. Toutefois, sa joie n’a pas été ôtée par ce glaive qui a transpercé son âme toute sa vie, en particulier aux pieds de la Croix, mais en a été sublimée.

Cependant, c’est sur la figure de St Joseph que je voudrais m’arrêter car il est l’un des saints les plus oubliés, et pourtant celui qui a aimé le plus Jésus et Marie. Je vous invite à voir le mystère de Noël à travers son regard. Il a été le témoin privilégié en accompagnant la maternité divine de Marie et la protégeant. Il était toujours là, par sa présence aimante et discrète, contemplant la beauté du mystère du Fils de Dieu fait homme dans le sein virginal de son épouse, tel un enfant face à quelque chose de merveilleux. Certes, on lui prête un rôle subalterne par rapport à celui de Marie. Mais ce rôle, ô combien indispensable, comblait son âme de joie et d’amour. Comme Marie, il a été tout à la fois le bon « Servant du Seigneur » qui n’a fait que la volonté de Dieu sans jamais récriminer et l’adorateur silencieux de cette beauté divine qui s’offrait à lui, immense et resplendissante, dans le visage de l’Enfant Jésus et de la Vierge Marie. St Bernard décrit ainsi la joie de St Joseph : «…recevant, à genoux, l’Enfant Jésus des mains de Marie, en le serrant sur son cœur avec un amour indicible, en le couvrant de baisers et de larmes. Plus riche que ses ancêtres, malgré la pauvreté, il possédait le trésor le plus précieux du Ciel ; sa gloire éclipsait celle de toute sa lignée : il a pu contempler et serrer sur son cœur l’Emmanuel, Celui que David saluait prophétiquement de loin en l’appelant son Seigneur et son Dieu… ».

Oui, Noël est la Beauté incréée qui se fait chair, se fait vie humaine, qui aime et sourit comme seulement un enfant peut faire. Oui, nous pouvons être un peu tristes, car la vie est parfois avare,injuste, dure, mais face à la beauté de ce mystère, quelle joie, ô mon Dieu, c’est dans mon cœur que le mystère s’accomplit… à condition d’avoir un cœur d’enfant.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 16 décembre