Jan 252013
 

L’année 2012 aussi, s’est terminée, tristement, par le bruit des bouchons de champagne, malgré la crise. Flaubert disait : «  L’humanité danse d’une manière frénétique sur la planche pourrie d’une immense latrine. » (Lettres à Tourgueniev)

C’est étrange ; j’ai l’impression que nous sommes à une époque charnière de l’histoire humaine, bien qu’on puisse dire la même chose à n’importe quelle époque, ou presque. Cependant, l’histoire humaine semble s’accélérer, comme si elle était en train de parcourir une longue spirale convergeant vers son centre, vers un point fixe, et nous savons quel est ce point fixe : Jésus Christ ! Mais, considérant l’état actuel de la société et du monde, j’en suis effrayé. La société « évolue » nous dit-on jusqu’à la nausée. Toute seule ? J’en doute ! Ce qui la fait « évoluer » vraiment, c’est le matraquage médiatique, bien orchestré, du politiquent correct, comme quelque chose de programmé, comme un dessein de déstructuration de la société et des consciences, qui a pour but de décérébrer les hommes. Toute évolution n’est pas forcément progrès. Mais à quoi est réduite la vie de l’homme moderne ? Qu’y a-t il encore d’exaltant qui vaille la peine, du moins pour celui qui n’a foi en rien ? A quoi aspire-t-il dans la vie ? A la richesse ? A la carrière ? Au succès ? Aux vacances dans un club surpeuplé ? Aux plaisirs de toutes sortes ? Aux soit disant « Droits de l’Homme » qui changent selon l’« évolution » de la société ? D’ailleurs, cette démocratie, dont on a plein la bouche, montre de plus en plus son visage totalitaire. On a une vision utilitaire de tout, de la vie comme de la mort…

On ne vit que pour produire, consommer, payer les impôts et jouir de la vie, pour terminer sa vie en faisant promener son chien dans le caniveau en robe de chambre, et mourir tristement dans un sordide hospice, éventuellement euthanasié car inutile. La société que Bruxelles nous prépare semble de plus en plus à celle de l’horrible film Soleil Vert. Mêmes les vertus naturelles (des surnaturelles n’en parlons même pas !), celles qui ont forgé les peuples et les civilisations, sont déconsidérées : le crime devient un droit, le vice devient vertu et la vertu hypocrisie ! De plus, il a fallu un siècle de technologie pour réduire la Création (et le cœur de l’homme) à une poubelle. Tout est devenu laid et souillé, et le futur ressemble à un cauchemar : peut-être l’homme arrivera-t-il à se haïr au point de vouloir en finir pour toujours ? La société actuelle a quelque chose de suicidaire !

Parfois je pense au 3ème volet du « Seigneur des Anneaux » : Le Retour du Roi. Je n’aime pas l’univers sombre de Tolkien, mais il y a dans son œuvre un esprit crypto-chrétien, comme un « monde gouverné par une sorte de Foi invisible, comme à la lumière d’une lampe cachée ». Les forces du mal allaient submerger le monde et pourtant, une armée, commandée par des rois à la noble allure médiévale, donnait des assauts épiques, tout en sachant sa cause perdue. Il restait cependant un mince espoir qui fini par prévaloir. J’aime la dimension héroïque des causes perdues, héroïsme qui n’est pas une simple posture rhétorique mais un idéal, un style de vie. Tolkien dit une chose intéressante : « Etant chrétien, et qui plus est catholique romain, je ne puis considérer l’histoire autrement que comme une longue défaite, quoiqu’elle puisse contenir certains exemples de victoire finale ».

Oui, l’histoire de l’Eglise semble être toute une suite de défaites, de revers, de catastrophes, de trahisons, de péchés, avec ci et là des victoires qui font espérer en la victoire finale : la Croix ne ressemblait-t-elle pas à une défaite ? Pourtant, le Christ en est sorti vainqueur ! C’est toujours la Providence qui tient les rênes de l’histoire, mais ce qui m’effraye, c’est qu’elle se sert des causes secondes, du choix des hommes, même si Dieu semble parfois « tricher » et faire irruption dans l’histoire, comme il l’a fait pour Sainte Jeanne d’Arc. Rien n’est donc jamais perdu ! « Où aller ? » disait encore Flaubert. Nous savons où aller et connaissons le remède pour cette société malade : Jésus Christ ! Il ne s’est trouvé qu’un Dieu (cela n’est pas trop mal, avouons-le) pour aimer cette humanité jusqu’à la racheter par son sang, alors qu’elle continue à refuser obstinément le salut. De même, l’Eglise Catholique est le dernier rempart de la barbarie et de notre liberté. Non, ne me dites pas que je suis sans espérance, car le Christ seul est mon unique Espérance !

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 27 janvier