Fév 032018
 

Dans l’évangile de ce dimanche, nous voyons Jésus guérir la fièvre de la belle-mère de Pierre à Capharnaüm. Jésus a toujours été sensible et proche de ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur âme. Il a soulagé et guéri tous ceux qu’il rencontrait. Mais, la bonté, la délicatesse d’âme, la charité de Jésus ne montraient rien d’autre que les entrailles infiniment miséricordieuses du Père, son Cœur si aimant, était le Cœur même de Dieu. Ce n’était pas une compassion impuissante et stérile, car selon les paroles de Pierre dans les Actes, Jésus a vécu en « faisant du bien et guérissant tous ceux qui étaient sous l’empire du diable. » (At 10,38) Cela fait partie de la nature même de Dieu.

Pourtant, dans mon ministère de confesseur, je me trouve souvent confronté à certains fidèles fâchés avec Dieu, scandalisés par l’existence de la souffrance et du mal en général : ils accusent Dieu d’être injuste, méchant, voir cruel, parce qu’il tolère le mal dans le monde, sans vouloir l’éradiquer complètement. La preuve ? Il a même laissé mourir son Fils ! À ce stade, il y a quand même un petit problème de Foi. Certes, je ne saurai pas traiter ce sujet en quelques mots, et n’en ai d’ailleurs même pas les compétences: plus que par des considérations philosophiques ou théologiques, trop compliquées, c’est la Foi qui me le fait comprendre. Le mal n’a pas été créé : c’est une absence, la privation d’une perfection (ou qualité) dans un être créé. Il faut toujours faire la différence entre mal moral et mal physique. Le premier, c’est le péché qui lui, est volontaire ; le second, c’est la souffrance, qui elle, peut nous arriver indépendamment de notre volonté. Si le mal moral est seulement permis, il n’est jamais voulu par Dieu, tandis que le mal physique, conséquence du péché originel – car « la mort est entrée dans le monde par le péché » (Rm 5,12) – est voulu seulement indirectement par Dieu, soit pour conjurer un mal moral, soit dans un but plus élevé : le mérite et le salut de l’âme. Il va de soi que le mal physique est un mal et que, selon le projet initial de Dieu, il n’aurait jamais dû exister. Ceci dit, parce qu’il est la conséquence du péché et n’est pas un péché en soi, le mal physique ne répugne pas intrinsèquement à Dieu, sauf quand il est la conséquence d’un acte mauvais.

De plus, depuis le Péché Originel il n’y a plus cette Providence qui empêchait l’homme de souffrir. Le seul fait d’être des créatures physiques implique la souffrance, qu’on le veuille ou non. Mais alors, Dieu est-il indifférent à la souffrance humaine ? Regardez Jésus et vous saurez ! Lorsqu’ un enfant souffre, Dieu pleure ! Dieu lui-même a du faire face au mal alors que c’était quelque chose qui lui était complètement étranger, contraire à sa nature : d’abord celui des mauvais anges, puis celui des hommes. Tout cela reste quand-même un mystère ! Pourtant, Dieu lui-même, en la Personne de son Fils et par l’union hypostatique, a assumé une nature humaine capable de souffrir, sauf le péché et la capacité de pécher.

Les souffrances de Jésus sur la Croix n’étaient pas une feinte : il a vraiment souffert atrocement ! Mais alors, Dieu aurait-il pu trouver une autre voie que la souffrance ? Sans doute, mais Dieu, dans sa sagesse infinie, a choisi ce moyen pour exprimer tout son amour pour nous : quelque chose qui coûte, souffrir justement, et mourir pour ses créatures qu’il aime infiniment : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». (Jn 15,13). Un simple désir de Jésus aurait suffi pour nous sauver, une seule goutte de sang, mais aurions-nous alors suffisamment bien compris son immense amour pour nous ?
Alors, Dieu doit-il éradiquer le mal ? Il devrait éradiquer le cœur de tout homme, dont le mien ! Il aurait même dû me faire mourir avant que je ne pèche pour la première fois ! Souvenez-vous de la parabole de l’ivraie : Dieu attend, attend toujours. Alors, Dieu, ne serait- il pas un peu « naïf » ? (C’est une provocation de ma part !). Non, car dans un excès de miséricorde, Il espère toujours que l’ivraie se transforme en bon grain. Dieu peut faire en nous cette transformation, si nous nous-laissons faire. C’est ce qu’on appelle la conversion, le miracle de la Grâce. Souvent, il est vrai, c’est l’innocent qui souffre et meurt, alors que le criminel peut avoir une vie longue et facile : cela arrive…Mais Jésus n’est-il pas l’« Innocent » par excellence qui a souffert pour nous sauver ?

Vous savez, si je n’avais plus aucune épreuve, si je ne souffrais plus, je serais un peu inquiet : cela ne voudrait-il pas dire que Dieu n’espère plus rien de moi ? Pas même ma conversion ? Ne serais-je pas alors perdu ? De toute façon, même si Dieu n’existait pas – or il existe ! – c’est la vie elle-même et les autres qui se chargeraient de nous faire souffrir, mais, de grâce, arrêtons de nous fâcher avec Dieu, et de l’accuser de toutes les ignominies des hommes.

Pour ma part, tout pécheur que je suis, je remercie Dieu de ne jamais avoir eu de tels sentiments, même après la mort de ma mère, que j’ai perdu à 17 ans. En revanche, j’ai du mal à comprendre la patience et la miséricorde de Dieu envers le pauvre prêtre indigne que je suis, et je ne dis pas cela par rhétorique. Mais en même temps, par la Foi et l’expérience de Dieu dans notre vie spirituelle, on peut avoir la grâce de comprendre, sans l’expliquer, « la folie de la Croix », comme l’appelle saint Paul, et pénétrer le mystère de la souffrance, pour donner un sens à la nôtre. Alors, comme dit le Psaume 89 : « Je chanterai toujours les miséricordes du Seigneur ». La Très Sainte Vierge Marie, bien que sans faute originelle et exempte de toute autre souillure, avait bien compris cela en chantant son Magnificat.

Voici, par exemple, les paroles, pleines de vérité et de vision surnaturel, écrites par un soldat américain, mutilé de guerre : « J’ai demandé la force de conquérir, et le Seigneur m’a rendu faible pour que j’apprenne à obéir avec humilité. J’ai demandé de l’aide pour faire de plus grandes choses, et le Seigneur m’a fait tomber malade pour que j’en fasse de meilleures. J’ai demandé les richesses pour être heureux, et il m’a été donné la pauvreté pour que je sois sage. J’ai tout demandé pour jouir de la vie, et j’ai reçu la vie pour jouir de tout. Je n’ai rien eu de tout ce que j’avais demandé, mais j’ai eu tout ce que j’avais espéré. Parmi tous les hommes, je suis celui qui a été le plus comblé ». Lui, peut-être, avait compris…

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 4 février