Nov 012013
 

Il est de petite taille Zachée, il risque le ridicule de grimper sur un arbre comme ferait un gamin. On a du le voir. Il s’en moque. Les gens le craignent. Il a du caractère Zachée. Il veut en savoir plus sur ce Jésus. Mais à distance. Il reste un bon juif, curieux du Messie possible. Il est comme Zacharie le prophète dont il porte le nom.

Jésus ne lui laisse pas le temps de réfléchir. Dieu s’invite souvent dans notre cœur avant même que nous nous en rendions compte et sans que nous ayons eu le temps de préparer son accueil ou notre défense. On dirait que Jésus veut jouer un bon tour à ce personnage qui veut savoir mais sans se faire remarquer. Et Jésus ne va rien demander poliment à Zachée. Il parle comme s’il était tout naturel pour lui d’aller dîner chez Zachée.

Zachée ne se le fait pas dire deux fois. Zachée est un voleur qui vole en toute légalité ses compatriotes. On comprend que la foule murmure, proteste. « Aujourd’hui » a dit Jésus. C’est un mot qu’il aime bien. On le trouve vingt fois dans l’Evangile. Souvent à propos d’une naissance. Comme les anges à Noël « Aujourd’hui vous est né un Sauveur » ou au baptême de Jésus « Aujourd’hui – dit Dieu – tu est mon Fils ».

Chacun de nous « aujourd’hui » nous naissons en Dieu. Il est en nous, en chacune de nos respirations. Et Zachée est né ce jour là à une nouvelle vie. Vite il a préparé l’accueil de Jésus. Jésus l’a suivi et le regarde. Sans rien dire. Tout le monde voit le repas magnifique. Payé avec de l’argent sale. Les gens réprouvent. En silence peut être à cause de Jésus.

Et voilà que Zachée se lève pour une déclaration solennelle et publique. Il ne dit pas qu’il croit en Jésus. Il va rendre l’argent perçu illégalement. Il explique qu’il va obéir aux prescriptions d’Exode 21 : rendre quatre fois plus ce qu’on a volé. C’est sa manière de vivre sa foi. Il ne le dit pas qu’il le fait à cause de Jésus. Mais il ajoute pour faire bonne mesure qu’il donnera aussi la moitié de ses biens. Il garde quand même l’autre moitié pour ses petits besoins. Il n’est pas François d’Assise tout de même.

Jésus doit sourire un peu de la subtilité de Zachée. Mais quand il se lève il s’adresse seulement à la foule et à nous aussi. Et c’est une révélation solennelle qui peut résumer notre foi : « Le Fils de l’homme est venu sauver ce qui était perdu ». Qu’est ce qui est « perdu » en nous ou qui nous mène à notre perte ? Est-ce que Dieu peut perdre quelque chose de ce qu’il a créé ? Ou bien notre existence est-elle destinée à être jetée, perdue, si Dieu n’intervient pas d’une autre manière en Jésus ?

« Il faut que je demeure chez toi » nous dit Jésus. Que je sois là où tu vis, où tu triches, où tu voles. Mais je ne viens pas contrôler ta comptabilité. Je viens partager ton repas. Ce n’est pas seulement une preuve de confiance ou d’amitié. Cela suppose que je veux que nous appartenions au même monde. Le repas suppose un rituel entre gens du même milieu. Jésus entre dans notre vie pour que nous entrions dans la vie de Jésus.

Mais Zachée demeurera toujours pour nous celui qui a compris l’Évangile comme une nécessité d’accueillir et de partager sans mesure. Parce que Jésus était venu chez lui.

Abbé Georges Périé

Lectures dominicales du 3 novembre