Juin 152013
 

La fête du Sacré-Cœur vient à peine de passer, mais qui s’en est aperçu ? Puisque elle tombe toujours en semaine, on l’a un peu oubliée. Pourtant tout le mois de juin est traditionnellement consacré à cette dévotion, qui, en France, avait une place privilégiée parmi les fidèles en raison des apparitions à Ste Marguerite-Marie Alacoque. Oh, je ne vais pas faire ici une étude sur le sujet, mais simplement quelques considérations spirituelles.

Le Fils de Dieu incarné nous a révélé que Dieu est Amour, ce mystère caché en Dieu depuis toujours (Eph 8,3), rendu visible par Jésus Christ, et révélé non pas aux sages et aux intelligents, mais aux tout petits (Mt 11,25): amour inimaginable, indicible qui a été déversé par l’Esprit Saint dans nos cœurs, qui nous a mérité le salut et nous a réconcilié avec le Père.

Saint Jean, lors de la dernière Cène, qui fut aussi la première Messe, a eu le privilège unique de reposer sa tête sur le Cœur de Jésus et d’en entendre les battements mystérieux. Il y a en effet un lien très étroit entre le Cœur de Jésus et l’Eucharistie, car ce sacrement est celui de l’Amour de Dieu. Si l’objet ultime de cette dévotion est donc l’Amour de Dieu et non pas, à proprement parler, le cœur physique de Jésus – bien que l’humanité de Jésus soit à adorer, car étroitement unie à sa divinité – c’est cependant vers Jésus, Homme et Dieu, que je voudrais me tourner ici, car il a rendu Dieu si proche de nous, il a révélé sa vraie nature.

Essayons de considérer l’humanité de Jésus, son visage, son allure, ses gestes, sa voix et vous vous apercevrez que notre vision est quelque peu brouillée… Ses traits nous échappent, bien que le Saint-Suaire et l’iconographie chrétienne nous en donnent de belles images. En ce qui concerne les icônes, c’est encore moins évident, car l’image sensible semble s’estomper au profit de l’image spirituelle. Essayez d’imaginer ses yeux fixant avec sévérité les pharisiens ou avec douceur et miséricorde les pauvres, les malades, les pécheurs : c’étaient les yeux de Dieu ! Les mains qui ouvraient les oreilles aux sourds et guérissaient les lépreux étaient également celles de Dieu ; ses pieds, divins bien que poussiéreux, parcourant inlassablement la Palestine à la recherche de la brebis perdue, ont été lavés par les larmes de repentance de la pécheresse et oints par le nard précieux de sa reconnaissance et de son amour. La voix de ses prédications, celle qui soulageait et consolait, était parole divine. Et puis c’est son regard d’une profondeur toute surnaturelle que j’imagine le plus souvent : admiratif devant la foi du centurion, déçu face au jeune homme riche, compatissant en croisant la veuve de Naïm, pleurant son fils unique, miséricordieux face à l’adultère, peut-être un peu amusé en voyant Zachée perché sur un arbre.

Nous nous faisons tous, à raison, une image idéalisée de Jésus, mais qui ose se l’imaginer tombant de fatigue, transpirant, assoiffé, assis par terre partageant avec ses apôtres un maigre repas, supportant aussi leurs… enfantillages. Toujours et partout c’était le « Cœur » de Dieu qui agissait. Pourquoi vous avoir dit tout cela ? Parce qu’en raison de son Incarnation, je sens Jésus près de moi, je sens sur moi son regard plein de miséricorde, je ressens sa beauté divine. Parce que l’amour de Dieu n’est pas une simple intuition intellectuelle, mais une réalité sensible, une vérité concrète, la Vérité. Dieu ne s’est-il pas montré ? En vérité, « Il a paru sur la terre et a conversé avec les hommes » (Bar 3,38). Jésus nous dit alors : « Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et moi je vous soulagerai. Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez soulagement pour vos âmes » (Mt 11,28). Comment refuser cette invitation ?

Ce Cœur transpercé par la lance est à tout jamais ouvert, prêt à nous accueillir, à nous abreuver de son amour, refuge et repos pour notre âme meurtrie. « Dieu est amour ; et celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui ». C’est Jésus qui nous le dit : « Demeurez dans mon amour ! ».

 

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 16 juin