Mar 292014
 

Dimanche dernier il était question de l’eau vive, vous vous en souvenez ? Ce dimanche, c’est la lumière, l’un des symboles originels des Saintes Ecritures. Elle annonce le salut de Dieu. Ce n’est pas sans raison que la lumière a été la première à être crée pour mettre un terme aux ténèbres du chaos (Gn 1,3-5). L’auteur des psaumes fait cette profession de foi : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ? » (Ps 26,1). Il ne faut donc pas s’étonner si St Jean applique à Jésus le symbole de la lumière. Déjà, dans son Prologue, il dit : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas comprise » (Jn1, 4-5). Aujourd’hui, il s’agit donc de la lumière, mais pas celle à laquelle vous pensez…Jésus, en rendant la lumière aux yeux de l’aveugle, lui donne aussi celle de la foi. Mais en même temps, les ténèbres s’épaississent pour ceux qui, tout en voyant la lumière, ferment les yeux pour ne pas voir. C’est la cécité spirituelle, le péché contre l’Esprit Saint. Dans notre cheminement de Carême, qui nous prépare au renouvellement des nos promesses baptismales, l’eau et la lumière sont deux symboles qui nous parlent de vie et nous conduisent à la lumière du Christ ressuscité. « Réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera ! » (Ep 8,14).

Le Christ est la lumière du monde. Il illumine nos ténèbres et lui seul peut ouvrir nos yeux à la vraie lumière. L’évangile de l’aveugle-né nous montre la condition des hommes : il y a celui qui accueille la lumière, le Christ, et ceux qui la refusent. La lumière du Christ est un don gratuit : c’est Jésus qui prend l’initiative. Peut-être, l’aveugle avait-il déjà entendu parler du Christ, mais sa cécité l’empêchait de le voir. C’est d’abord Jésus qui le voit et s’approche de lui – ah ! Ce regard de Jésus si plein de miséricorde ! Ensuite, le Christ fait un geste  quasi sacramentel qui nous rappelle la Création de l’homme à partir du limon de la terre : avec de la salive il fait de la boue qu’il applique aux yeux de l’aveugle. Mais cette fois-ci, c’est d’une création nouvelle qu’il s’agit, infiniment plus parfaite que la précédente, car c’est celle de la grâce.

Cet homme entouré d’obscurité représente notre vie. Nous aussi, nous sommes dans les ténèbres, dans les difficultés, dans les problèmes quotidiens qui nous accablent. Dieu qui nous connait personnellement, est proche de celui qui a le cœur blessé ou qui est malade : il touche chacun de nous pour lui redonner espérance et lumière. Il nous rend capables de voir la réalité, de distinguer le bien du mal. L’aveugle ne voit pas Jésus, mais il ressent le toucher de sa main, il entend sa voix qui lui dit d’aller se laver à la piscine de Siloé. Il doit, cependant, faire aussi sa part : il doit marcher sans encore voir, risquer de trébucher, de tomber ; il doit faire confiance à la parole de celui qui lui a redonné l’espérance, qui l’a touché avec amour ; c’est seulement ainsi qu’il pourra expérimenter la puissance de l’action divine dans sa vie et commencer à voir. Pour que la lumière entre et nous illumine, il est nécessaire de faire notre part : écouter la Parole de Dieu et la mettre en pratique. L’aveugle fait ce que Jésus lui a dit, sans l’avoir vu : c’est l’épreuve de la foi. La lumière commence alors à se frayer un chemin dans l’âme de l’aveugle qui commence à comprendre qui l’a illuminé. D’abord, il dit que Jésus est un prophète. Mais, lorsqu’il revoit avec de nouveaux yeux celui qui l’a guéri, nait en lui la vraie foi et se prosternant il dit : « Je crois, Seigneur ! ». Il voit enfin, à travers la boue de l’humanité ; il voit la vraie lumière et la vérité qu’est Jésus Christ !

Je voudrais terminer par une très belle poésie du Bienheureux John Henry Newman : «   Lead, Kindly Light, amidst th’encircling gloom, Lead Thou me on ! The night is dark, and I am far from home, Lead Thou me on! ». Allons, l’anglais n’est pas si mal que cela… Je vous en donne la traduction :

Guide-moi, douce lumière, dans les ténèbres qui m’enveloppent, guide-moi encore.

La nuit est sombre et je suis loin de ma demeure, guide-moi encore.

Garde mes pas; je ne demande pas à voir l’horizon lointain ; un seul pas me suffit. Je ne fus pas toujours ainsi, et je ne t’ai pas toujours prié de me guider, j’aimais choisir et voir ma route, mais maintenant guide-moi encore.

J’aimais l’éclat du jour ; et malgré mes craintes, l’orgueil dominait mon vouloir :

ne te souviens pas d’années passées. Ta puissance m’a béni si longtemps ;

elle continuera certes à me guider à travers landes et marais, à travers rocs et torrents,

jusqu’à la fin de la nuit.

Et avec le matin, je verrai sourire ces visages d’anges que j’aime depuis toujours,

et qu’un temps je perdis. (J. H. Newman, VVO, 156-157, – La colonne de Nuée)

Don Carlo Cecchin

Lectures dominicales du 30 mars