Nov 292013
 

En entrant dans ce temps de l’Avent qui nous mène à la grande fête du premier avènement du Fils éternel dans la chair à Noël, l’Eglise nous fait lever les yeux tout d’abord vers le second avènement et la fin de toutes choses, le retour glorieux du Christ. Nous le savons, selon l’adage, ce qui est premier dans l’intention est toujours le dernier dans la réalisation. L’incarnation a pour but ultime notre remontée dans l’éternité avec le Christ, lorsque le nombre des élus sera complet. Et ce moment où les trompettes des anges annonceront la fin sera enfin le jour de notre re-création.

Et comment cela va-t-il se faire ? Toujours selon le même mode : la manière que le Créateur a utilisée lors de sa première création, servira également dans la seconde. Dieu crée en séparant, en divisant. Dans le livre de la Genèse, Il sépare la nuit du jour, il sépare les eaux du dessus d’avec celles du dessous, il sépare la terre d’avec les océans. Et quand il s’agit de créer son peuple, il le sépare du milieu des païens, le temps pour lui de le sanctifier afin qu’il soit rendu capable de sanctifier à son tour l’universalité du genre humain dans la paix de la Croix du Christ. Lorsqu’il s’agit du temps de la fin, qui est le temps proprement de l’Eglise dans lequel nous sommes, la sagesse divine laisse croitre côte à côte l’ivraie avec le bon grain jusqu’aux temps de la moisson. C’est à ce moment là que l’opération de séparation s’effectuera et ce, de manière aussi soudaine que définitive : « Deux hommes seront au champs, l’un est pris, l’autre laissé, deux femmes sont au moulin, l’une est prise, l’autre laissée ».

Parce que rien d’impur ne rentre au ciel, aucun péché ni aucun pécheur ne pourra prétendre jamais à la vie éternelle. Dieu sépare ce qui lui revient de droit de ce qui lui est étranger. Il divise l’humanité entre boucs et brebis, entre ceux qui sont du Christ et ceux qui ne le sont pas. C’est aussi une opération qui s’effectue dans le cœur de chacun d’entre nous, où la paille de notre incrédulité doit être brûlée au feu de l’Esprit tandis que notre vie de grâce est peu à peu engrangée dans les greniers célestes. C’est pourquoi dit saint Irénée de Lyon, « la tribulation est nécessaire à ceux qui sont sauvés, pour que, étant en quelque sorte moulus, puis pétris par la patience avec le Verbe divin, et enfin cuits au four, ils soient aptes au festin du roi ».

Cette division déchirante qui passera en nous plus encore, souhaitons le, qu’entre nous, nous dépouillera en tous cas à tout jamais du mal que nous aurons fait et auquel nous aurons à nous arracher dans les douleurs de l’enfantement. Mais sommes nous prêts dès maintenant au sacrifice de l’éphémère et de l’imparfait de cette terre pour entrer dans la gloire céleste ? C’est ce pour quoi la nouvelle année liturgique nous prépare en faisant ou refaisant de nous ce que tout chrétien doit être : un veilleur qui attend que le soleil de justice sépare enfin les ténèbres de la lumière. « Comme un veilleur attends l’aurore ainsi mon âme te cherche toi mon Dieu ».

Bonne et sainte nouvelle année liturgique.

Abbé Alexis de Monts

Lectures dominicales du 1er décembre