Mar 022013
 

Notre marche vers Pâques se poursuit. Nous disposons de 40 jours pour nous préparer à vivre au maximum cet événement essentiel. Nous savons, en outre, que pour les Anciens, le nombre 40 désignait le temps nécessaire à la maturation de la vie. Dans l’Ecriture il symbolise une période suffisante pour réaliser un projet. Ainsi, celui qui arriverait à Pâques sans être prêt, ne pourrait pas dire : « je n’ai pas eu assez de temps ! »

Il serait d’autant moins autorisé à mettre en cause le laps de temps qui lui est départi qu’il dispose d’éléments qui allongent, comme subrepticement ces jours qui nous séparent de Pâques, parce que Dieu qui est un « Dieu de tendresse » et de pitié, les évite le plus possible pour ceux dont la conversion tarde. C’est ce que nous dit la Parabole du figuier stérile : « Laisse faire – prends patience ! Cet homme (ou cette femme) va peut être se décider à porter du fruit ! »

Sans vouloir faire de l’humour noir, on peut dire aussi que Dieu allonge ces jours de grâce qui nous sont donnés pour nous convertir, permettant à la méchanceté des hommes et aux évènements de raccourcir les jours de vie des autres. C’est ce qu’enseigne Jésus dans la première partie de l’Evangile : ceux qui, autour de nous, meurent tragiquement, doivent nous stimuler à vivre plus saintement.

Mais alors, peut être, une question se pose à certains « pourquoi flânons-nous durant ces quarante jours de Carême ? Ce qui, paradoxalement, à l’inverse de ce que Dieu fait, est une manière de les raccourcir. Saint Paul nous donne une raison de cette tiédeur : ce serait de considérer notre appartenance au Peuple de Dieu comme une sorte de privilège qui tiendrait lieu de sainteté et nous dispenserait de tout effort. Ce serait consentir à cette tentation de pharisaïsme que le Christ a tellement combattu et qui a fini par le mettre en croix. Ce serait aussi, peut-être, avoir dans l’Eglise une attitude de consommateur qui nous ferait complètement oublier qu’il s’agit au fond, de perdre notre vie à cause de l’Evangile.

C ‘est pourquoi, il est toujours temps de recevoir dans nos esprits et dans nos cœurs cet appel à la conversion qui n’est d’ailleurs pas propre au Carême, mais retentit tout au long de l’Ecriture ; spécialement dans les lectures de ce dimanche.

Bien sûr, on nous demande de faire pénitence, de prier, de jeûner, de partager… mais la pénitence implique conversion. Cette conversion, est une affaire de délicatesse de conscience bien plus qu’une liste de manquements à la Loi à établir d’une manière précise et exclamative.

Plus précisément encore, la conversion qui nous est demandée, est la réponse à un amour, celui de Dieu qui s’était jadis révélé à Moïse dans le buisson ardent et avait dit son nom et affirmé son dessein bienveillant sur son peuple. Grande richesse symbolique de ce buisson qui brûle sans se consumer : comment pourrait-on mieux dire l’amour indéfectible du Seigneur ? Parmi diverses interprétations possibles, il en est une qui peut et doit nous retenir aujourd’hui « Je suis toujours avec vous ». Et pour celui qui a compris tout ce que contient le mot «présence », l’appel à la conversion n’est pas un ordre qu’il reçoit, c’est un désir qui le consume. Amen.

Abbé Denys Thouard

Lectures dominicales du 3 mars