Déc 082017
 

Parce que le Dieu qui sauve le monde est également le Dieu qui a créé le monde, nous pouvons dire en un sens que toute l’histoire humaine est également une histoire sainte. Mais elle ne le devient réellement pour celui qui la vit qu’à partir du moment où il prend conscience que son histoire est celle d’une rencontre avec Dieu, que dans sa vie a résonné une parole qui l’a profondément transformé. Il quitte alors la sphère de l’histoire profane pour intégrer celle de l’histoire sainte. Cette histoire sainte commencée dans l’ancien Testament, et dont saint Marc nous rappelle les prophéties avec Isaïe, semble prendre un nouveau départ avec la venue du Messie. La Parole de Dieu, après plusieurs siècles de silence, retentit à nouveau en Israël. Evénement extraordinaire pour ce petit peuple perdu aux fins fonds des côtes méditerranéennes, mais sans doute plus que marginal au sein de cet immense Empire Romain dans lequel il était agrégé. Et pourtant, cette Parole de Dieu dont Jean est la caisse de résonance, va constituer l’épicentre d’un séisme qui va changer radicalement la face du monde, elle va lui apporter le Salut. Car loin des conceptions grecques et, d’une manière générale, loin des conceptions païennes du monde et du divin, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob est un Dieu qui parle et qui, par sa parole performative, fait irruption dans la vie des hommes. Pour l’antiquité en effet, le divin est le monde de l’immobile et des idées éternelles. Le mouvement lui-même est pourrait-on dire une imitation de cette immobilité. Il est conçu comme cyclique, aussi bien dans le mouvement régulier des astres que dans le principe de retour éternel qui règle le mouvement de l’histoire selon lequel, les mêmes mouvements se reproduiront éternellement. Ainsi, jamais aucun événement ne serait être en mesure de modifier en quoi que ce soit cet ordre éternel.

A ceci s’oppose radicalement la foi judéo-chrétienne qui est une foi en la valeur unique et irrévocable de l’intervention de Dieu dans l’histoire. Elle s’appuie sur le fait en soi paradoxal pour l’esprit humain, que l’histoire sainte est constituée de commencements absolus qui restent ensuite éternellement acquis. Telles sont les grandes décisions créatrices de Dieu qui constituent cette histoire : la création du monde, la création de l’homme, l’Alliance avec Abraham, le salut octroyé lors de la Pâque des Hébreux pendant le passage de la mer rouge et enfin celui qu’annonce le Baptiste, l’Alliance que Dieu va instaurer avec l’homme en prenant notre nature humaine. C’est à travers ces événements uniques et leurs enchaînements successifs que se tisse peu à peu une rencontre humano-divine qui va constituer le récit d’une geste divin qui parvient encore aujourd’hui jusqu’à nous. Ceci faisait ainsi dire à saint Grégoire de Nysse que cette histoire va «de commencements en commencements par des commencements qui n’ont jamais de fin ». Voici le commencement de l’histoire, de notre histoire, celle qui va faire de nous des enfants de Dieu et des frères de Jésus. Elle débute dans le désert, un lieu à peine humain tout comme l’histoire du peuple d’Israël après sa sortie d’Egypte. Elle nous oblige à nous interroger : qu’apporte alors de nouveau cette parole qui retentit dans le désert de nos vies…. Comme chaque année nous nous préparons à fêter la naissance de Jésus, quel changement cet événement doit-il inaugurer dans notre vie ? Sommes-nous entrés résolument dans l’histoire sainte ou bien restons nous dans une vie où Dieu est encore absent et où sa Parole ne trouve aucun écho en nous ?

Abbé Alexis de Monts, vicaire

Lectures dominicales du 10 décembre