Jan 292011
 

Il est habituel et presque convenu de remarquer que les béatitudes viennent renverser notre logique terrestre. Le Seigneur nous promet le bonheur là où nous ne l’attendons pas, jusque dans les persécutions et les insultes. Si nous lisons plus attentivement, nous pouvons y reconnaître un portrait du Christ. C’est bien lui qui est pauvre de coeur, qui est doux, qui pleure sur Jérusalem… Et nous sommes heureux, c’est-à-dire que nous entrons sur le chemin du salut et de la vie véritable, si nous commençons à lui ressembler.

Pour ressembler au Christ, il ne suffit pas d’une imitation extérieure. Il faut être plein de lui et pour être plein de lui il faut être vide de nous. « Regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance ». « Israël, je ne laisserai subsister au milieu de toi qu’un peuple petit et pauvre, qui aura pour refuge le nom du Seigneur ». Dieu aime les humbles, ceux qui se souviennent qu’ils ne sont que poussière, parce qu’en eux il peut demeurer et agir. Il ne s’agit pas de mépriser la vraie sagesse, ni les talents que nous avons reçus, mais de nous souvenir que, sans la présence et la puissance de Dieu, tout cela n’est rien.

Dieu est poli, il vient occuper en nous la place que nous voulons bien lui laisser. Tant que nous nous appuyons sur nous-mêmes, sur nos richesses et nos forces, tant que nous sommes pleins de nous-mêmes, il se tient au seuil et il attend. Nous devenons comme des arbres sans racines, comme des vitraux que ne vient pas toucher la lumière. L’orgueilleux est un mort vivant.

Le jour de la colère de Dieu ne sera pas seulement la séparation finale entre nous, il s’exerce déjà en nous. Nous avons, jour après jour, à accepter que le Christ Jésus soit notre sagesse, notre justice, notre sanctification, notre rédemption. Nous avons à mettre de côté notre ego pour laisser la place à sa présence. N’ayons pas peur, il se rendra vraiment présent et, sans que nous sachions toujours comment, nous lui ressemblerons de plus en plus. Nous participerons au mystère de la Croix et nous serons heureux.

Abbé Armel d’Harcourt

Lectures du dimanche 30 janvier 2011