Mai 252017
 

Nous pourrions être surpris d’entendre, de la part du Créateur et du Sauveur de ce monde, que celui-ci ne prie pas pour lui. D’autant que l’on pourra lire ailleurs dans ce même Evangile selon saint Jean que Dieu a tant aimé le monde qu’il a voulu le sauver. C’est toute la définition du monde qu’il faudrait alors reprendre pour ne pas risquer de voir dans la Parole de Dieu un début de commencement de contradiction. Certes, le monde tel qu’il est sorti des mains divines est une création bonne. Mais en raison du péché, celui- ci est passé sous le joug terrible de l’adversaire qui veut le mener à sa perte. Fort heureusement, la venue du Fils éternel dans la chair a fait passer ce monde déchu de la principauté des ténèbres au Royaume de lumière, si bien que ce monde racheté est en un sens devenu meilleur encore que ne l’était celui dans l’état d’innocence. Et c’est pour ce monde là, restauré par son sang précieux, que le Seigneur prie, tandis que l’autre est déjà jugé.

Le monde de la grâce, celui des rachetés est celui qui a accepté le salut, le monde du péché est celui qui jusqu’au bout l’aura refusé. Comme le disait Jacques Maritain, les deux mondes poursuivent cependant leur chemin jusqu’à la consommation des siècles, comme le bon grain et l’ivraie de la Parabole évangélique : « l’un de ces mouvements tire vers le haut tout ce qui dans le monde participe à la vie divine de l’Eglise, laquelle est dans le monde et n’est pas du monde, et suit l’attraction du Christ, chef du genre humain. L’autre mouvement tire vers le bas tout ce qui dans le monde appartient au Prince de ce monde, chef de tous les méchants ».

Cette opposition entre le Christ et l’adversaire n’est pas, cependant un dualisme ou un manichéisme. La puissance de création qui a fait surgir la terre du néant est en mesure de faire sortir à tout instant chaque homme de son péché pour l’établir dans la grâce par sa puissance de recréation. De la sorte, rien ni personne ne saurait empêcher le Christ remonté au ciel et assis à la droite du Père d’attirer à Lui son Corps qui chemine encore dans le monde.

Comment alors ne pas croire que Celui qui est comme le trait d’union de la Sainte Trinité, le Saint Esprit, ne puisse pas devenir également Celui qui unit les fidèles avec leur Chef ? Lui seul pourra maintenir l’amour dans l’Eglise, Lui seul pourra maintenir la cohésion entre les membres et les membres avec la Tête, maintenant que celle-ci se trouve dans les cieux. Demandons alors au doux hôte de nos âmes, nous qui devons être le Temple de l’Esprit, de venir à nous pour que, créé par la Bonté du Père, graciés par le Sang du Fils, nous soyons sanctifiés par la douceur de sa présence.

Ils n’ont pas eu peur de s’agenouiller, de ployer la tête jusqu’à terre, selon l’invitation

Abbé Alexis de Monts

Lectures dominicales du 28 mai