Sep 162018
 

L’actualité mondiale et, en particulier, ecclésiale, n’étant pas des plus réjouissantes, je vais pour cet éditorial vous faire part de mes réflexions de voyage, juste pour nous permettre de nous évader un peu : ce fut un voyage en voiture assez long commencé depuis Paris, via l’Italie, en traversant les plus grands pays (jadis) catholiques tels que l’Italie, la France, l’Espagne et enfin le Portugal, la terre de Marie ! Oui, tout comme la France, l’Italie (c’est nous qui avons la maison de Nazareth à Lorette !), et l’Espagne sont aussi catholiques !

Les longs voyages en solitaire sont propices à la réflexion, à la curiosité, au rêve, et à la prière aussi, pourquoi pas, on peut bien prier aussi en conduisant une voiture, cela nous fait éviter de maugréer contre le prochain. Partout où l’on va, tout rappelle notre Foi, car elle a marqué profondément notre histoire, notre culture et les paysages. André Malraux écrivait : « Une civilisation, c’est tout ce qui s’agrège autour d’une religion ». C’est donc aussi tout ce qui se désagrège en même temps qu’elle.

De l’autoroute on voit partout au loin des églises et des clochers. Voici un petit aperçu : à peine parti, en passant par Vicenza j’aperçois sur une colline le sanctuaire de Monte Berico, où la Sainte Vierge est apparue. Là, je demande à la Vierge Marie de me protéger pendant le voyage. A Vérone, je ne pense pas à Roméo et Juliette, rassurez-vous, mais à St Pierre Martyr, dominicain ; un peu plus loin, à Vercelli, à St Eusèbe ; en croisant Ovada, un petit bourg vers la Ligurie, ma pensée va vers St Paul de la Croix, ce grand saint fondateur des Passionistes, qui y est né. En laissant Gênes à ma gauche (pour le vénitien que je suis, mieux vaut l’éviter), à quelques kilomètres après le Pont Morandi, qui s’est écroulé tragiquement – j’ai toujours été un peu inquiet en le traversant – il y a le sanctuaire de l’Enfant-Jésus de Prague à Arenzano. Parfois je m’y arrête. En arrivant en France, le paysage ne change pas tellement, sauf un peu plus loin, avec le massif de l’Estérel. En continuant mon voyage, je vois au loin la Sainte-Baume, puis, Arles, Montpellier, la Via Domitia (les Romains sont passés par là…), Béziers, Perpignan. Vers la frontière espagnole, à Arles-sur-Tech dans les Pyrénées, j’ai un jour visité le tombeau miraculeux des Sts Abdon et Sennen Martyrs. Ce tombeau fermé et soulevé de terre continue à se remplir d’une eau très pure (j’ai pu obtenir quelques petits flacons). Après Barcelone, je sors de l’autoroute, et je vais en direction de Manrèse et du Monastère de Montserrat (Mons Segatus, le massif ressemble vraiment aux dents d’une scie), et là je ne peux pas m’empêcher de penser à St Ignace de Loyola. Après une journée entière de voiture, je passe la nuit à Saragosse, près du très célèbre Sanctuaire de Notre-Dame du Pilar. Après Madrid il y a la ville murée d’Avila qui évoque la Grande Thérèse, St Jean de la Croix et St Jean d’Avila. Après 2000 km, j’aperçois au loin de magnifiques cathédrales, des églises, des monastères encore habités ou abandonnés, des ermitages, des chapelles solitaires et presque inaccessibles, et je me demande à quoi elles pouvaient bien servir si isolées ? Comme les sculptures invisibles des cathédrales, elles sont là uniquement pour la gloire de Dieu. C’est une « présence », comme des sentinelles de l’invisible, des paratonnerres pour ce monde en perdition. Mêmes certaines paroisses parisiennes sont devenues cela : une « présence », dans des quartiers qui comptent désormais peu de chrétiens, mais où les églises sont toujours là, témoins du Christ.

La destruction des églises de villages parce que on n’a plus les moyens de les entretenir, ou, plutôt, parce qu’il n’y a plus personne qui vient y prier, est un signe inquiétant. Une maison qui n’est plus habitée se dégrade vite. Pour les églises, c’est la même chose, si elles sont laissées à l’abandon, sans fidèles qui y prient, sans que le Saint Sacrifice de la Messe y soit célébré, sans cette « Présence », invisible certes, mais néanmoins bien réelle du Saint Sacrement, elles dépérissent et meurent. Autrefois, le bon Peuple de Dieu, bien plus pauvre qu’aujourd’hui, avait à cœur d’entretenir son église, souvenir des générations passées, témoin de nos vies, des heures joyeuses comme des heures douloureuses. Les mairies ne peuvent pas ou ne veulent plus entretenir les églises, les laissent se dégrader afin que la détérioration devienne irréversible et finalement les détruisent pour faire place à un parking ou à une grande surface, nouveaux temples du consumérisme, ou à une…mosquée.

Si les fidèles ne reprennent pas le chemin de l’église, tout ou presque est destiné à disparaître. Certes, le problème est complexe et les prêtres aussi font défaut, c’est un cercle vicieux ! Après la pastorale de l’« enfouissement », il est temps pour les catholiques de réagir, car la civilisation chrétienne et notre Foi sont en danger ! En 1969 (déjà), le futur Benoît XVI avait fait cette prédiction : « …de cette crise surgira « une Église qui a perdu beaucoup : bâtiments, fidèles, prêtres, privilèges sociaux, une Église ainsi devenue une « minorité », plus spirituelle, mais aussi plus vigoureuse et missionnaire », en repartant de zéro, comme aux origines… ». Cela, nous le vivons déjà un peu, mais l’histoire peut-elle aller à reculons après 2000 ans de Christianisme ?

En tous cas, il n’y a rien de pire que la résignation : nous allons toujours de l’avant, vers Quelqu’ « Un » : Jésus Christ, Prince des siècles, maître du temps, de l’histoire et des cœurs. Arrivé à Fatima, non comme simple pèlerin car je suis aussi chez-moi, ma perception est différente. Fatima n’est pas une ville, mais un sanctuaire entouré d’hôtels, de magasins (moins qu’à Lourdes) et de quelques maisons. Après le centenaire, il y a eu cet été un peu moins de monde. Tout était étrangement calme, jusqu’à ce que soudainement Fatima se remplisse de pèlerins lors du rassemblement mondial des Équipes Notre-Dame. J’ai pu saluer quelques têtes connues comme Mgr de Moulin-Beaufort. C’est la nuit, après tous les offices, que je préfère prier dans la Capelinha des apparitions. Après le chapelet, il y la procession aux flambeaux, où l’on voit la statue lumineuse de la Vierge Marie qui semble accompagner cette humanité souffrante.

Cette année, j’y ai vu plus de soutanes que d’habitude : n’en déplaise à certains, c’est bon signe ! Ce qui m’a ému jusqu’aux larmes, est de voir des enfants et des adolescents faire, à genoux, le trajet entre la nouvelle basilique et la chapelle des apparitions : la chose n’est pas si facile, je vous assure ! Ils arrivent tous à la chapelle en chancelant ou à quatre pattes. J’ai vu des familles entières faire cela, avec des papas et des mamans qui portaient un enfant dans les bras. Quelle épreuve pouvaient-ils avoir ? Mon rosaire doublait alors d’intensité pour eux. La prière et les sacrifices des enfants sont très chers aux Cœurs de Jésus et de Marie. A certains, le message de Fatima pourrait paraître sombre alors qu’il apporte pourtant une grande espérance : « …à la fin mon Cœur Immaculé triomphera ! ». C ‘est dans le silence intime de la nuit, brisé parfois par un chant improvisé et discret, par les sanglots d’une âme en peine ou le bruit des genoux qui frottent sur le pavé lissé en faisant un pépiement étrange, qu’on apprend à goûter le chapelet. C’est l’une des grâces de Fatima.

Don Carlo Cecchin, vicaire

Lectures dominicales du 16 septembre