Mai 212016
 

La première manière de parler de Dieu, c’est de reconnaître notre ignorance, l’impossibilité de dire quoi que ce soit de véritable au sujet de Dieu. Un peu comme quand on aime quelqu’un. Les religions parlent de Dieu comme de la source de ce qui existe mais avec des images terrestres qui sont toujours imparfaites.

De Jésus, nous parlons cependant comme d’un homme qui sait qu’il est Dieu se déclame égal de Dieu mais comme « Fils Unique ». Il établit donc une distinction entre Dieu « Père » et lui-même. Cependant, il répète qu’il n’est que la Parole exacte de tout ce que veut le Père. Si Jésus n’était pas pleinement Dieu, il ne serait qu’un intermédiaire que l’on pourrait contester. Et si Jésus est Dieu c’est que Dieu nous parle d’une manière humaine avec toute la difficulté et la pauvreté de notre vocabulaire.

Le mot « Esprit Saint » n’appartient pas à ce vocabulaire familial. S’il est une troisième réalité mystérieuse de Dieu, c’est qu’il « procède » à la fois et du Père et du Fils.
Il est à la fois l’Esprit du Père et l’Esprit du Fils puisqu’il est le seul amour qui les unit comme la respiration est inséparablement un donner et un recevoir, un aller et retour, une volonté et une action commune. Dieu est bien Unique et totalement parfait. Pourtant il y a en lui quelque chose que nos philosophes ne prévoient pas, une surabondance de présence et d’amour. Il est à la foi un MOI et un TOI et un NOUS. Que nous avons appelés des « Personnes ». Pourquoi ?

Nous comprenons que nous sommes une personne quand nous parlons à quelqu’un à qui nous pouvons dire « je suis moi et je ne suis pas toi ». C’est vrai aussi de toutes les autres relations qui ne sont pas une parole. Ainsi nous nous sentons reconnus comme semblables et comme différents. En alliance ou en conflit, Dieu est il une personne comme cela ? Oui puisqu’il est une Parole pour nous. Il est capable de parler à un autre que lui-même, même à quelqu’un qu’il a créé lui-même. Mais nous ne savons pas comment lui répondre. Seule la voix humaine de Jésus peut répondre au Père. Et l’Evangile nous dit que cette réponse, au nom de l’humanité, est dans la logique de la relation en Dieu entre le Père et le Fils. Comme si quelque chose de l’amour qui est en Dieu avait un reflet dans notre vie humaine. Comme si notre amour pouvait avoir un caractère sacré.

Comment peut on parler de Dieu comme « Trois Personnes en un Dieu unique ? » En latin le mot « personna » désignait le masque que portaient les acteurs dans les théâtres pour se faire reconnaître de loin et cela servait aussi de porte voix. Mais on ne peut pas dire que Dieu joue trois personnages différents en restant le même ? Il y a une vérité plus profonde. Nous pouvons comprendre qu’il y a en Dieu trois manières d’aimer distinctes et inséparables, comme pour nous à notre très petite échelle quand nous sommes aimés, quand nous donnons à l’autre de l’amour et quand cet amour se voit par une action, un changement de vie, un bonheur nouveau. Il y a comme une histoire qui se déroule : d’abord, la certitude que Dieu nous aime le premier comme un Père ; Ensuite, que nous pouvons répondre à cet amour par Jésus ; Enfin, que l’Esprit de Dieu nous fait vivre cela.

« Soyez baptisés » dit Jésus, dans cet amour qui se montre avec trois visages ou plutôt qui nous pousse en lui dans une histoire. Le Père n’en finit pas de nous créer à son image. Le Fils n’en finit pas de se donner à nous pour nous donner au Père. L’Esprit n’en finit pas de nous réveiller pour aller travailler à la vigne du Père. Le péché s’efforce d’obscurcir tout cela, comme quelqu’un qui dirait : « Mon Dieu faites que ceux que j’aime voient leurs désirs et leur prières se réaliser sans que j’aie à m’en occuper ».

Abbé Georges Périé

Lectures dominicales du 22 Mai